Simenon, Georges - La danseuse du Gai-Moulin
- Название:La danseuse du Gai-Moulin
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Simenon, Georges - La danseuse du Gai-Moulin краткое содержание
Deux jeunes noceurs endettés – un bourgeois désaxé et le fils d'un employé – fréquentent à Liège « Le Gai-Moulin », une boîte de nuit où ils courtisent l'entraîneuse Adèle. A la fin d'une soirée qu'elle a passée, à une table voisine des jeunes gens, en compagnie d'un Levantin arrivé le jour même dans la ville, Delfosse et Chabot se laissent enfermer dans la cave de l'établissement afin de s'emparer de la recette. Dans l'obscurité, ils entr'aperçoivent ce qu'ils croient être un cadavre, celui du Levantin ; ils prennent la fuite. Le lendemain, émoi dans la presse : le corps d'Ephraïm Graphopoulos, le client de passage, est découvert à l'intérieur d'une manne d'osier abandonnée dans un jardin public. L'enquête aboutit rapidement à l'arrestation des deux jeunes gens. Mais il y a un troisième suspect : un autre client de passage, un Français, également présent au « Gai-Moulin » le soir du meurtre.
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— Ça va ! Laissez votre père tranquille ! Son cas n’est déjà pas drôle comme ça…
Et ces mots déclenchèrent un tremblement convulsif. Jean regarda autour de lui avec épouvante. Il réalisait seulement sa situation. Il comprenait que, dans une heure ou deux, ses parents seraient au courant !
— Ce n’est pas possible ! Ce n’est pas vrai ! Je ne veux pas ! hurla-t-il.
— Doucement, jeune homme !
— Je ne veux pas ! Je ne veux pas ! Je ne veux pas !…
Et il se jeta sur un inspecteur qui était entre lui et la porte. La lutte fut courte. Le jeune homme ne savait même pas ce qu’il voulait. Il était hors de lui. Il criait. Il hoquetait. Et il finit par rouler par terre en gémissant toujours, en se tordant les bras.
Les autres le regardaient en fumant, en échangeant des coups d’œil.
— Un verre d’eau, Dubois !… Qui est-ce qui a du tabac ?…
Et le verre d’eau fut lancé au visage de Chabot, dont la crise nerveuse dégénéra en crise de larmes. Ses doigts essayaient de s’enfoncer dans sa gorge.
— Je ne veux pas !… Je ne veux pas !…
Le commissaire haussa les épaules, grommela :
— Tous les mêmes, ces sales gamins… Et tout à l’heure il faudra recevoir le père et la mère !…
L’ambiance n’était comparable qu’à celle d’un hôpital où des médecins sont réunis autour d’un patient qui se débat contre la mort.
Ils étaient cinq à entourer un jeune homme, un gamin. Cinq hommes dans la force de l’âge, qui en avaient vu d’autres et qui ne voulaient pas se laisser émouvoir.
— Allons ! lève-toi ! dit le commissaire avec impatience.
Et Chabot obéit docilement. Sa résistance était brisée.
La crise lui avait cassé les nerfs. Il regardait autour de lui avec effroi, comme une bête qui abandonne la lutte.
— Je vous en supplie…
— Dis-nous plutôt d’où vient l’argent !
— Je ne sais pas… Je vous jure… Je…
— Ne jure pas si souvent !
Le complet noir était plaqué de poussière. Et, en essuyant son visage de ses mains sales, Chabot traça sur ses joues des sillons gris.
— Mon père est déjà malade… Une maladie de cœur… Il a eu une crise, l’an dernier, et le médecin a recommandé d’éviter les émotions…
Il parlait d’une voix monotone. Il était abruti.
— Fallait pas faire de bêtises, mon petit !… Et maintenant tu ferais mieux de parler… Qui est-ce qui a frappé ?… Est-ce toi ?… Est-ce Delfosse ?… Encore un qui devait tourner mal, celui-là !… Et même, s’il y en a un à saler, ce sera sans doute lui…
Un nouveau policier entra, salua gaiement les autres, alla s’asseoir à sa table, où il feuilleta un dossier.
— Je n’ai pas tué… Je ne savais même pas…
— Bon ! J’admets que tu n’as pas tué…
Maintenant qu’il tutoyait le jeune homme, le commissaire se montrait plus paternel.
— Du moins sais-tu quelque chose… L’argent n’est pas venu tout seul dans ta poche… Tu n’en avais pas hier et tu en as aujourd’hui… Donnez-lui une chaise, vous autres…
Car on voyait nettement Chabot osciller. Il ne tenait plus debout. Il se laissa tomber sur la chaise à fond de paille, se prit la tête à deux mains.
— Ne te presse pas de répondre… Prends ton temps… Dis-toi bien que c’est encore le meilleur moyen de s’en tirer… D’ailleurs, tu n’as pas dix-sept ans… C’est devant le Tribunal pour enfants que tu passeras… Et tu ne risques guère que la maison de correction…
Une idée venait de frapper Chabot, qui regarda autour de lui avec des yeux moins troubles. Tour à tour, il fixa ses bourreaux. Il ne voyait personne parmi eux qui ressemblât à l’homme aux larges épaules…
Est-ce qu’il ne s’était pas trompé à son sujet ? L’inconnu était-il bien de la police ? N’était-ce pas plutôt lui l’assassin ? Il était au Gai-Moulin la veille. Il était resté après les deux jeunes gens !
Et, s’il les avait suivis, n’était-ce pas justement pour essayer de les faire arrêter à sa place ?
— Je crois que je comprends !… s’écria-t-il, pantelant d’espoir… Oui, je pense que je connais l’assassin… Un homme très grand, très fort, avec un visage rasé…
Le commissaire haussa les épaules. Mais Chabot ne se laissa pas désarçonner.
— Il est entré au Gai-Moulin presque tout de suite après le Turc… Il était tout seul… Aujourd’hui, je l’ai revu, alors qu’il me suivait… Et il est allé demander des renseignements sur moi à la légumière…
— Qu’est-ce qu’il raconte ?
L’inspecteur Perronet grommela :
— Je ne sais pas au juste. Mais, en effet, il y avait hier au Gai-Moulin un client que personne ne connaissait…
— Quand est-il sorti ?
Le commissaire regarda attentivement Chabot qui reprenait espoir, puis ne s’occupa plus de lui. C’était aux autres qu’il s’adressait maintenant.
— En somme, quel est l’ordre exact des sorties ?
— D’abord les deux jeunes gens… Du moins une fausse sortie, puisqu’il est établi qu’ils étaient cachés dans la cave… Ensuite le danseur et les musiciens… On fermait… L’homme en question a emmené Adèle, qui est attachée à l’établissement…
— Il restait donc le patron, Graphopoulos et les deux garçons…
— Pardon, un des garçons, celui qu’on appelle Joseph, était parti en même temps que les musiciens…
— Donc, le patron, un garçon et le Grec…
— Et les deux jeunes gens dans la cave…
— Que dit le patron ?
— Que son client est sorti à ce moment et qu’avec Victor il a éteint les lumières et fermé les portes…
— On n’a plus revu l’autre, dont parle Chabot ?
— Non ! On me l’a décrit aussi comme un homme grand et large d’épaules… Un Français, croit-on, car il n’avait pas l’accent d’ici…
Le commissaire bâilla, marqua quelque impatience dans la façon dont il débourra sa pipe.
— Téléphonez donc au Gai-Moulin et demandez à Girard ce qui s’y passe…
Chabot attendait avec anxiété. C’était encore plus affreux que précédemment, parce que maintenant il y avait une lueur d’espoir. Mais il craignait de se tromper. Cette peur était douloureuse. Ses mains se crispaient sur le rebord de la table. Son regard allait de l’un à l’autre, et surtout à l’appareil téléphonique.
— Allô !… Le Gai-Moulin, s’il vous plaît, mademoiselle…
Et le policier aux pipes de demander aux autres :
— Alors, c’est entendu, j’écris à mon beau-frère ?… Au fait, qu’est-ce que vous préférez ? Pipes droites ou pipes courbes ?…
— Droites ! répliqua le commissaire.
— Donc, deux douzaines de pipes droites… Dites donc, vous n’avez plus besoin de moi ?… J’ai mon gosse qui a la rougeole et…
— Tu peux aller.
Avant de sortir, le policier jeta un dernier coup d’œil à Jean Chabot, demanda à voix basse à son chef :
— On le garde ?
Et le jeune homme, qui avait entendu, essayait de surprendre la réponse, tous les sens tendus.
— Sais pas encore… En tout cas jusqu’à demain… Le Parquet décidera…
Tout espoir était perdu. Les muscles de Jean se détendirent. Qu’on le relâchât le lendemain, c’était trop tard. Ses parents sauraient ! À l’heure même, ils l’attendaient, s’inquiétaient !
Mais il ne pouvait plus pleurer. Tout son être s’avachissait. Il entendit vaguement la conversation téléphonique.
— Girard ?… Alors, qu’est-ce qu’il fait là-bas ?… Comment ?… Ivre mort ?… Oui, il est toujours ici… Non !… Il nie, bien entendu !… Attends ! Je vais demander au patron !…
S’adressant au commissaire :
— Girard demande ce qu’il doit faire. Le jeune homme est ivre mort… Il a commandé du champagne et il boit avec la danseuse, qui ne vaut pas beaucoup mieux que lui… On l’arrête ?
Le chef regarda Jean en soupirant.
— Nous en avons déjà un… Non ! qu’on le laisse tranquille… peut-être commettra-t-il une imprudence… Mais que Girard ne le lâche pas !… Il n’a qu’à nous téléphoner tout à l’heure…
Le commissaire s’était installé dans le seul fauteuil de la pièce et, les yeux clos, il paraissait dormir. Mais le filet de fumée qui s’élevait de sa pipe prouvait qu’il n’en était rien.
Un inspecteur remettait au net l’interrogatoire de Jean Chabot. Un autre faisait les cent pas, attendant avec impatience qu’il fût trois heures pour aller se coucher.
Il faisait plus frais. La fumée elle-même semblait froide. Le jeune homme ne dormait pas. Ses pensées s’embrouillaient. Les deux coudes sur une table, il fermait les yeux, les ouvrait, les fermait à nouveau. Et chaque fois que ses paupières s’écartaient, il voyait un même papier à en-tête sur lequel était écrit en belle anglaise :
Procès-verbal a été dressé au sieur Joseph Dumourois, journalier, domicilié à Flémalle-Haute, pour vol de lapins au préjudice de…
Le reste était caché par un sous-main.
Sonnerie de téléphone. L’inspecteur qui marchait alla décrocher.
— Oui… Bon !… Entendu !… Je vais le lui dire !… Un qui ne s’embêtera pas, celui-là !…
Il s’approcha du chef.
— C’est Girard… Delfosse et la danseuse ont pris un taxi et se sont fait conduire au domicile d’Adèle, rue de la Régence… Ils sont rentrés ensemble… Girard monte la garde…
Dans la brume rougeâtre qui envahissait son cerveau, Jean imagina la chambre d’Adèle, le lit qu’il avait vu défait, la danseuse qui se dévêtait, allumait le réchaud à alcool…
— Vous n’avez toujours rien à dire ? lui demanda le chef sans quitter son fauteuil.
Il ne répondit pas. Il n’en avait pas la force. C’est à peine s’il comprit que c’était à lui qu’on s’adressait.
Un soupir du commissaire, qui dit à l’inspecteur :
— Tu peux aller !… Laisse-moi seulement un peu de tabac…
— Vous croyez que vous arriverez à quelque chose ?
Et le regard désignait la silhouette noire de Jean pliée en deux, le torse sur la table.
Un nouveau haussement d’épaules.
Et un grand trou dans la mémoire de Chabot. Un trou noir, grouillant de formes obscures, avec des étincelles rouges qui traversaient le tout sans rien éclairer.
Il se dressa en entendant une sonnerie insistante. Il vit trois grandes fenêtres pâles, des lampes jaunâtres, le commissaire qui se frottait les yeux, saisissait machinalement sa pipe éteinte sur la table et s’avançait, les jambes gourdes, vers le téléphone.
— Allô ! oui !… Allô !… La Sûreté, oui !… Mais non, mon vieux… Il est ici… Comment ?… Qu’il vienne le voir si ça lui fait plaisir…
Et le commissaire, la bouche pâteuse, alluma sa pipe, en tira quelques bouffées amères avant de se camper devant Chabot.
— C’est ton père, qui signale ta disparition au commissariat de la 6 eDivision… Je crois qu’il va venir.
Brutalement, des rayons de soleil émergèrent d’un toit voisin, enflammèrent une des vitres, tandis que des hommes de peine arrivaient avec des seaux et des brosses pour nettoyer les locaux.
Une rumeur confuse montait du marché qui se tenait à deux cents mètres, en face de l’Hôtel de Ville. Les premiers tramways circulaient en sonnaillant comme s’ils eussent pour mission de réveiller la cité.
Jean Chabot, le regard trouble, se passait lentement la main dans les cheveux.
V
Confrontation
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