Simenon, Georges - Maigret chez les Flamands
- Название:Maigret chez les Flamands
- Автор:
- Жанр:
- Издательство:неизвестно
- Год:неизвестен
- ISBN:нет данных
- Рейтинг:
- Избранное:Добавить в избранное
-
Отзывы:
-
Ваша оценка:
Simenon, Georges - Maigret chez les Flamands краткое содержание
Quand Maigret descendit du train, en gare de Givet, la première personne qu'il vit, juste en face de son compartiment, fut Anna Peeters. à croire qu'elle avait prévu qu'il s'arrêterait à cet endroit du quai exactement !
Elle n'en paraissait pas étonnée, ni fière. Elle était telle qu'il l'avait vue à Paris, telle qu'elle devait être toujours, vêtue d'un tailleur gris fer, les pieds chaussés de noir, chapeautée de telle sorte qu'il était impossible de se souvenir ensuite de la forme ou même de la couleur de son chapeau.
[http://www.amazon.fr/Chez-flamands-Georges-Simenon/dp/2253124931](http://www.amazon.fr/Chez-flamands-Georges-Simenon/dp/2253124931)
Maigret chez les Flamands - читать онлайн бесплатно полную версию (весь текст целиком)
Интервал:
Закладка:
— Inspecteur Machère… dit l’autre en tendant la main. C’est vrai que vous…
Mais on ne pouvait converser ainsi, tous debout entre la porte et la table encore servie.
— Je suis ici à titre purement officieux… grommela Maigret. Surtout, faites comme si je n’existais pas…
On lui touchait le bras.
— Mon frère Joseph… Le commissaire Maigret…
Et Joseph tendait une longue main osseuse et froide. Il avait une demi-tête de plus que Maigret, qui mesurait pourtant un mètre quatre-vingts. Mais il était si étroit qu’on avait l’impression que, malgré ses vingt-cinq ans, sa croissance n’était pas terminée.
Un nez aux narines pincées. Des yeux fatigués, très cernés. Des cheveux blonds coupés court. Il devait avoir mauvaise vue, car ses paupières battaient sans cesse comme pour fuir la lumière de la lampe.
— Enchanté, monsieur le commissaire… Je suis confus…
Il n’était même pas élégant. Il retirait un imperméable graisseux sous lequel il portait un complet d’un gris neutre, d’une coupe quelconque.
— Je l’ai rencontré près du pont ! disait l’inspecteur Machère, et je lui ai demandé de m’amener ici derrière sa moto…
C’est vers Anna qu’il se tourna ensuite. C’est à elle qu’il s’adressa désormais, comme si elle eût été la véritable maîtresse de maison. On ne voyait ni Mme Peeters, ni son mari, tassé dans le fauteuil d’osier de la cuisine.
— Je suppose qu’on accède facilement au toit ?
Tout le monde se regarda.
— Par la lucarne du grenier ! répliqua Anna. Vous voulez ?…
— Oui ! Je désire jeter un coup d’œil là-haut…
Ce fut, pour Maigret, l’occasion de visiter la maison. L’escalier était verni, recouvert d’un linoléum ciré avec tant de soin qu’il fallait prendre des précautions pour ne pas glisser.
Au premier étage, un palier avec les portes de trois chambres. Joseph et Marguerite étaient restés en bas. Anna marchait la première et le commissaire remarqua qu’elle roulait légèrement les hanches.
— Il faudra que je vous parle ! murmura l’inspecteur.
— Tout à l’heure !
Et ils atteignirent le second étage. D’un côté, une mansarde, transformée en chambre, mais inoccupée. De l’autre, un immense grenier aux poutres apparentes où s’entassaient des caisses et des sacs de marchandises. Pour atteindre la lucarne, l’inspecteur dut grimper sur deux caisses.
— Vous n’avez pas de lumière ?
— J’ai ma lampe électrique…
C’était un homme jeune, au visage tout rond, jovial, à l’activité inlassable. Maigret ne grimpa pas sur le toit mais regarda par la lucarne. Le vent soufflait en rafales. On entendait le grondement du fleuve et l’on apercevait dans la nuit sa face houleuse que quelques becs de gaz piquetaient de lumières.
À gauche, sur la corniche, il y avait un réservoir en zinc, de deux mètres cubes pour le moins, vers lequel le policier se dirigea sans hésiter. Il devait être destiné à recueillir les eaux de pluie.
Machère se pencha, parut désappointé, se promena encore quelques instants sur le toit, se pencha pour ramasser quelque chose.
Anna attendait sans rien dire, dans l’obscurité, derrière Maigret. On revit les jambes de l’inspecteur, puis son torse, enfin son visage.
— Une cachette à laquelle je n’ai pensé que cet après-midi, en constatant que les gens de mon hôtel ne boivent que de l’eau de pluie… Mais le cadavre n’y est pas…
— Qu’est-ce que vous avez ramassé ?
— Un mouchoir… Un mouchoir de femme…
Il le déploya, l’éclaira de sa lampe, chercha en vain une initiale. Le mouchoir, crasseux, était resté longtemps exposé aux intempéries.
— On verra ça plus tard ! soupira l’inspecteur en marchant vers la porte.
Quand on pénétra à nouveau dans la chaude atmosphère de la salle à manger, Joseph Peeters était assis sur le tabouret du piano et lisait l’annonce que Marguerite venait de lui montrer. Elle était debout devant lui, et son chapeau à larges bords, son manteau orné de petits volants accusaient encore ce qu’il y avait en elle de vaporeux.
— Voulez-vous venir me voir ce soir à l’hôtel ? dit Maigret au jeune homme.
— Quel hôtel ?
— L’Hôtel de la Meuse ! intervint Anna. Vous nous quittez déjà, monsieur le commissaire ?… J’aurais voulu vous retenir à dîner, mais…
Maigret traversait la cuisine. Mme Peeters le regardait avec stupeur.
— Vous partez ?
Le vieillard, lui, avait les yeux vides. Il fumait une pipe en écume, sans penser à rien d’autre. Il ne salua même pas.
Dehors, c’étaient le vent, le bruit du flot grossi de la Meuse, les heurts des bateaux amarrés côte à côte. L’inspecteur Machère se hâtait de changer de place, parce qu’il s’était mis à la droite de Maigret.
— Vous croyez qu’ils sont innocents ?
— Je n’en sais rien. Vous avez du tabac ?
— Je n’ai que du gris… Vous savez qu’on parle beaucoup de vous, à Nancy… Et c’est ce qui m’inquiète… Parce que ces Peeters…
Maigret s’était arrêté devant les bateaux sur lesquels il laissait errer son regard. Givet, grâce à la crue qui interrompait la navigation, avait l’air d’un grand port. Il y avait plusieurs chalands du Rhin, d’un millier de tonnes, tout en acier noir. Près d’eux, les péniches du Nord, en bois, faisaient figure de jouets vernis.
— Il faudra que j’achète une casquette ! grommela le commissaire qui devait tenir son chapeau melon.
— Qu’est-ce qu’on vous a raconté au juste ? Qu’ils sont innocents, naturellement !…
Il fallait parler très fort, à cause du vacarme du vent. Givet, à cinq cents mètres, n’était qu’un groupe de lumières. La maison des Flamands se dessinait sur le ciel tourmenté et montrait des fenêtres jaunies par des lueurs douces.
— D’où viennent-ils ?
— Du nord de la Belgique… Le père Peeters est né tout au-dessus du Limbourg, à la frontière hollandaise… Il a vingt ans de plus que sa femme, ce qui lui fait, à l’heure qu’il est, dans les quatre-vingts ans… Il était vannier… Il y a quelques années, il exerçait encore son métier, avec quatre ouvriers, dans l’atelier qui se trouve derrière la maison… Maintenant, il est tout à fait gâteux…
— Ils sont riches ?
— On le dit ! La maison est à eux. Ils ont même prêté de l’argent à des mariniers pauvres qui voulaient acheter un bateau… Voyez-vous, commissaire, ce n’est pas la même mentalité que nous… La vieille Peeters a des centaines de mille francs, ce qui ne l’empêche pas de servir la goutte aux clients, comme ils disent… Seulement, le fils va être avocat… La fille aînée a appris le piano… L’autre est régente dans un grand couvent de Namur… C’est mieux qu’institutrice… Comme qui dirait institutrice dans un lycée…
Et Machère désignait les péniches.
— Là-dedans, il y a la moitié de Flamands… Des gens qui n’aiment pas changer leurs habitudes… Les autres vont dans les bistrots français qui se trouvent près du pont, boivent du vin et des apéritifs… Les Flamands, eux, veulent leur genièvre, quelqu’un qui comprenne leur langue, et tout… Chaque bateau achète des provisions pour une semaine et plus… Et je ne parle pas de la fraude !… Ils sont bien placés pour ça…
Les pardessus collaient aux corps. Le clapotis était si fort que l’eau jaillissait sur le pont des péniches chargées.
— Ils n’ont pas les mêmes idées que nous… Pour eux, ce n’est pas un bistrot… C’est une épicerie, bien que l’on serve à boire au comptoir… Et les femmes elles-mêmes boivent le coup en faisant leurs provisions… Il paraît que c’est ce qui rapporte le plus…
— Les Piedbœuf ?… questionna Maigret.
— Des petites gens… Un gardien d’usine… La fille était dactylographe dans la même maison… Le fils y est encore employé…
— Un garçon sérieux ?
— On ne peut pas dire… Il ne travaille pas beaucoup… Il préfère jouer au billard au Café de la Mairie… C’est un beau gosse et il le sait…
— La fille ?
— Germaine ?… Elle avait des amoureux… Vous savez, commissaire, une de ces filles qu’on trouve, le soir, dans les coins sombres, avec un homme… N’empêche que l’enfant est bien de Joseph Peeters… Je l’ai vu… Il lui ressemble… Ce qu’on ne peut pas nier, en tout cas, c’est qu’elle soit entrée dans la maison, le 3 janvier, un peu après huit heures du soir et, depuis lors, personne ne l’a revue…
L’inspecteur Machère parlait net.
— J’ai tout visité… J’ai même fait un relevé détaillé des lieux, avec l’aide d’un architecte… Il n’y avait qu’une chose que j’avais oubliée : le toit… On ne pense pas, d’habitude, qu’on peut cacher un cadavre sur un toit… J’y suis allé, tout à l’heure… J’ai trouvé un mouchoir, mais rien d’autre…
— Et la Meuse ?
— Justement ! J’allais vous en parler… Vous savez, n’est-ce pas, qu’on retrouve presque toujours les noyés aux barrages… Il y en a huit d’ici Namur… Seulement, deux jours après le crime, le fleuve était tellement grossi que les barrages ont été renversés, ce qui arrive chaque hiver… Si bien que Germaine Piedbœuf peut très bien être arrivée en Hollande, sinon à la mer…
— On m’a dit que Joseph Peeters n’était pas ici le soir où…
— Je sais ! Il le prétend… Un témoin a vu une moto ressemblant à la sienne… Il jure que ce n’est pas lui…
— Il n’a pas d’alibi ?
— Il en a et il n’en a pas. Je suis retourné à Nancy tout exprès… Il habite une chambre meublée où il peut rentrer sans être vu de sa logeuse… De plus, il fréquente dans les cafés et dans les bars où les étudiants se retrouvent chaque nuit… Personne ne se souvient exactement si c’est le 3, le 4, ou le 5, qu’il a passé la nuit dans un de ces bars…
— Germaine Piedbœuf a pu se suicider ?
— Ce n’était pas la femme à cela… Une petite personne qui n’avait pas de santé, pas beaucoup de morale, mais qui adorait son fils…
— Il est possible qu’elle ait été victime d’un autre attentat…
Cette fois, Machère se tut, laissa errer son regard sur les bateaux qui formaient comme un îlot à quelques mètres de la berge.
— J’y ai pensé. J’ai fait une enquête sur chaque marinier… La plupart sont des gens sérieux, qui vivent à bord avec leur famille et leurs enfants… Je n’ai tiqué que sur l ’Étoile-Polaire… Le dernier bateau en amont… Celui qui est le plus sale et qui semble être sur le point de sombrer…
— Qu’est-ce que c’est ?
— Le bateau d’un Belge de Tilleur, près de Liège… Une vieille brute qui a été poursuivie deux fois pour attentat à la pudeur… Le bateau n’est pas entretenu… Les compagnies refusent de l’assurer… Il y a eu des tas d’histoires de femmes et de petites filles… Mais pourquoi voulez-vous ?…
Les deux hommes marchaient à nouveau dans la direction du pont. À mesure qu’ils approchaient, ils pénétraient dans la lumière des lampes de la ville. Ils virent des bistrots à droite, des bistrots français où sévissaient des pianos mécaniques.
— Je le fais surveiller… N’empêche que le témoignage au sujet de la moto…
— À quel hôtel êtes-vous descendu ?
— À l’Hôtel de la Gare…
Maigret tendit la main.
— Je vous reverrai, mon vieux. Bien entendu, c’est vous qui poursuivez l’enquête… Je ne suis ici qu’en amateur…
Читать дальшеИнтервал:
Закладка: