Simenon, Georges - La danseuse du Gai-Moulin
- Название:La danseuse du Gai-Moulin
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Simenon, Georges - La danseuse du Gai-Moulin краткое содержание
Deux jeunes noceurs endettés – un bourgeois désaxé et le fils d'un employé – fréquentent à Liège « Le Gai-Moulin », une boîte de nuit où ils courtisent l'entraîneuse Adèle. A la fin d'une soirée qu'elle a passée, à une table voisine des jeunes gens, en compagnie d'un Levantin arrivé le jour même dans la ville, Delfosse et Chabot se laissent enfermer dans la cave de l'établissement afin de s'emparer de la recette. Dans l'obscurité, ils entr'aperçoivent ce qu'ils croient être un cadavre, celui du Levantin ; ils prennent la fuite. Le lendemain, émoi dans la presse : le corps d'Ephraïm Graphopoulos, le client de passage, est découvert à l'intérieur d'une manne d'osier abandonnée dans un jardin public. L'enquête aboutit rapidement à l'arrestation des deux jeunes gens. Mais il y a un troisième suspect : un autre client de passage, un Français, également présent au « Gai-Moulin » le soir du meurtre.
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» Je parie que vous l’avez pris pour un aventurier.
— C’est exact. Vous êtes sûr que…
— Attendez ! Le mardi soir, l’inspecteur chargé de protéger mon Graphopoulos me dit avec ahurissement que notre homme a passé son temps à essayer de le semer en route. Des petites ruses connues de tous, comme les maisons à deux issues, les taxis successifs. Il ajoute que Graphopoulos a pris un billet pour l’avion de Londres de mercredi matin.
« Je peux bien vous l’avouer : l’idée de faire un tour à Londres, surtout en avion, me souriait assez et j’ai pris la filature à mon compte.
« Mercredi matin, Graphopoulos a quitté le Grand-Hôtel mais, au lieu de se rendre au Bourget, il s’est fait conduire à la gare du Nord où il a pris un billet de chemin de fer pour Berlin…
« Nous avons voyagé dans le même wagon-salon. Je ne sais pas s’il m’a reconnu. Toujours est-il qu’il ne m’a pas adressé la parole.
« À Liège, il est descendu et je suis descendu derrière lui. Il a loué une chambre à l’Hôtel Moderne et j’ai choisi une chambre voisine de la sienne.
« Nous avons dîné dans un restaurant, derrière le Théâtre Royal.
— À la Bécasse ! interrompit M. Delvigne. On y mange bien !
— Surtout les rognons à la liégeoise, c’est vrai ! Remarquez que j’ai eu l’impression que Graphopoulos mettait les pieds à Liège pour la première fois. C’est à la gare qu’on lui a enseigné l’Hôtel Moderne. C’est à l’hôtel qu’on l’a envoyé à la Bécasse. Enfin, c’est le chasseur du restaurant qui lui a parlé du Gai-Moulin.
— Où il aurait donc échoué par hasard ! dit rêveusement le commissaire Delvigne.
— J’avoue que je n’en sais rien. Je suis entré au cabaret un peu après lui. Une danseuse de l’établissement était déjà installée à sa table, ce qui est assez naturel. À vrai dire, je me suis ennuyé atrocement, car j’ai horreur de ces boîtes de nuit. Ma première idée était qu’il emmènerait la femme. Quand j’ai vu celle-ci prête à partir seule, je l’ai accompagnée un bout de chemin, le temps de lui poser deux ou trois questions. Elle m’a affirmé que c’était la première fois qu’elle voyait l’étranger, qu’il lui avait donné un rendez-vous auquel elle n’irait pas, et elle a ajouté que c’était un raseur.
» C’est tout. Je suis revenu sur mes pas. Le patron de la boîte sortait en compagnie du garçon. J’ai pensé que Graphopoulos était parti quand j’avais le dos tourné et je l’ai cherché un instant dans les rues proches.
» Je suis allé jusqu’à l’hôtel m’assurer qu’il n’était pas rentré. Quand je suis revenu vers le Gai-Moulin, les portes étaient toujours closes et il n’y avait pas de lumière à l’intérieur.
» Bref, un résultat aussi négatif que possible. N’empêche que je ne prenais pas l’affaire au tragique. J’ai demandé à un agent s’il y avait d’autres boîtes ouvertes. Il m’en a désigné quatre ou cinq, que j’ai visitées consciencieusement, sans retrouver mon Grec.
— C’est extraordinaire ! murmura M. Delvigne.
— Attendez ! J’aurais pu me présenter à vous et poursuivre l’enquête de concert avec la police liégeoise. Mais, étant donné qu’on m’avait vu au Gai-Moulin, j’ai préféré ne pas donner l’alarme à l’assassin. Il y a, en somme, très peu de coupables possibles. J’ai commencé par les deux jeunes gens, dont la nervosité ne m’avait pas échappé. Cela m’a conduit jusqu’à Adèle et jusqu’à l’étui à cigarettes du mort.
» Vous avez brusqué les choses. Arrestation de Jean Chabot. Fuite de Delfosse. Confrontation générale. Tout cela, je ne l’ai connu que par les journaux.
» Et j’ai appris par la même occasion que j’étais recherché comme un coupable probable.
» C’est tout ! J’en ai profité !
— Profité ?
— Une question d’abord. Est-ce que vous croyez à la culpabilité des deux gamins ?
— À parler franc…
— Bon ! Je vois que vous n’y croyez pas. Personne n’y croit, et l’assassin sent parfaitement que, d’un moment à l’autre, on va chercher ailleurs. Par conséquent, il prend ses précautions et il ne faut pas compter sur une imprudence de sa part.
» Par contre, il y a de grosses présomptions contre l’homme aux larges épaules, comme disent les journaux.
» Alors, l’homme aux larges épaules s’est fait arrêter, dans des circonstances assez théâtrales. Pour tout le monde, c’est le vrai coupable qui a été bouclé ce soir !
» Il faut renforcer cette opinion. Demain, les gens apprendront que je suis à la prison Saint-Léonard et qu’on espère de très prochains aveux.
— Vous irez réellement en prison ?
— Pourquoi pas ?
M. Delvigne ne pouvait pas se faire à cette idée-là.
— Bien entendu, vous serez libre de vos mouvements…
— Pas du tout ! Je vous demande au contraire de me mettre au régime le plus sévère !
— Vous avez de drôles de méthodes, à Paris !
— Même pas ! Mais, comme je vous l’ai dit, il faut que le ou les coupables se croient hors de danger. Pour tant qu’il y ait un coupable…
Cette fois, le commissaire aux moustaches rousses sursauta.
— Que voulez-vous dire ? Vous ne voulez pas insinuer que Graphopoulos s’est défoncé le crâne d’un coup de matraque, puis qu’il s’est enfermé dans une malle d’osier pour se transporter au Jardin d’acclimatation ?
Les gros yeux de Maigret étaient tout pleins de naïveté.
— Sait-on jamais ?
Et tout en bourrant sa pipe :
— Il va être temps que vous me fassiez conduire en prison. Auparavant, il vaudrait peut-être mieux que nous nous mettions d’accord sur certains points. Voulez-vous noter ?…
Il était très simple. Il avait même de l’humilité dans le ton employé. N’empêche qu’il prenait tout bonnement la direction effective de l’enquête, sans en avoir l’air.
— J’écoute…
— 1° Lundi, Graphopoulos demande la protection de la police parisienne ;
» 2° Mardi, il essaie de brûler la politesse à l’inspecteur chargé de veiller sur lui ;
» 3° Mercredi, après avoir pris un billet pour Londres, il en prend un pour Berlin et il descend à Liège ;
» 4° Il ne paraît pas connaître la ville et il échoue au Gai-Moulin, où il ne fait rien d’extraordinaire ;
» 5° Au moment où je sors en compagnie de la danseuse, il y a quatre personnes dans le cabaret : Chabot et Delfosse, cachés dans l’escalier de la cave ; le patron et Victor dans la salle ;
» 6° Quand je reviens, le patron et Victor s’en vont et ferment les portes. Chabot et Delfosse, d’après eux, sont toujours là ;
» 7° Les jeunes gens prétendent qu’ils sortent de la cave un quart d’heure après la fermeture et qu’à ce moment Graphopoulos est mort ;
» 8° Si c’est exact, le crime a pu être commis pendant que je faisais un bout de chemin avec la danseuse. Dans ce cas, les coupables seraient Genaro et Victor ;
» 9° Si c’est faux, le crime a pu être commis à ce moment par Delfosse et Chabot eux-mêmes ;
» 10° Chabot ment peut-être et dans ce cas rien ne prouve que le drame a eu lieu au Gai-Moulin ;
» 11 0L’assassin a pu transporter lui-même le corps, mais il est possible que ce transport ait été assuré par quelqu’un d’autre ;
» 12° Le lendemain, Adèle est en possession de l’étui à cigarettes, mais elle prétend qu’il lui a été donné par Delfosse ;
» 13° Les témoignages de Genaro, de la danseuse et de Victor concordent pour réfuter les allégations de Jean Chabot.
Maigret se tut, tira quelques bouffées de sa pipe, et son compagnon leva vers lui des yeux inquiets.
— C’est inouï !… murmura-t-il.
— Qu’est-ce qui est inouï ?
— La complexité de cette affaire, quand on y regarde de près.
Maigret se leva.
— Allons nous coucher ! Les lits sont bons à Saint-Léonard ?
— C’est vrai que vous voulez aller là-bas…
— À propos, j’aimerais assez avoir la cellule voisine de celle du gamin. Demain, je vous demanderai sans doute de me confronter avec lui.
— Peut-être aura-t-on retrouvé son ami Delfosse ?
— Cela n’a pas d’importance.
— Vous croyez qu’ils soient définitivement hors de cause ? Le juge ne veut pas entendre parler de les relâcher. Au fait, il faudra bien que je lui dise la vérité à votre sujet…
— Le plus tard possible, voulez-vous ? Qu’est-ce qui se passe à côté ?
— Sûrement les journalistes ! Je vais devoir leur faire une déclaration. Quelle identité dois-je vous donner ?
— Pas d’identité ! Un inconnu ! On n’a trouvé sur moi aucun papier…
Le commissaire Delvigne n’était pas encore tout à fait d’aplomb. Il continuait à observer Maigret à la dérobée, avec une inquiétude teintée d’admiration.
— Je n’y comprends rien !
— Moi non plus !
— À croire que Graphopoulos n’est venu à Liège que pour se faire tuer. Au fait, il est plus que temps que je prévienne sa famille. Je verrai le consul de Grèce demain matin.
Maigret avait saisi son chapeau melon. Il était prêt à partir.
— Attention de ne pas me traiter avec trop d’égards devant les journalistes ! recommanda-t-il.
L’autre ouvrait la porte. Dans le grand bureau des inspecteurs, on aperçut une demi-douzaine de reporters qui entouraient un homme que M. Delvigne reconnut.
C’était le gérant de l’Hôtel Moderne, qui était déjà venu l’après-midi. Il parlait avec véhémence aux journalistes, qui prenaient des notes. Soudain, il se retourna, aperçut Maigret, le désigna du doigt en devenant cramoisi.
— C’est lui ! s’écria-t-il. Il n’y a pas de doute !
— Je sais ! Il vient d’avouer qu’il est descendu à votre hôtel.
— Et il a avoué aussi qu’il a pris la malle ?
M. Delvigne n’y comprit rien.
— Quelle malle ?
— La malle en osier, parbleu ! Avec les domestiques qu’on a au jour d’aujourd’hui, j’aurais pu rester longtemps sans m’en apercevoir…
— Expliquez-vous !
— Voilà ! À chaque étage de l’hôtel, il y a, dans le couloir, une malle en osier qui sert à mettre le linge sale. Or, tout à l’heure, on est venu de la blanchisserie et c’est ainsi que je me suis aperçu qu’il manquait une malle : celle du troisième étage. J’ai questionné la femme de chambre. Elle prétend qu’elle a cru qu’on avait enlevé la malle pour la réparer, parce que le couvercle fermait mal…
— Et le linge ?
— C’est le plus fort ! Le linge qu’elle contenait a été retrouvé dans la malle du second.
— Vous êtes sûr que c’est votre malle qui a servi à transporter le cadavre ?
— Je viens de la morgue, où l’on me l’a montrée.
Il haletait. Il n’en revenait pas encore d’être mêlé d’aussi près à cette histoire.
Mais le plus ému était encore le commissaire Delvigne, qui n’osait même pas se tourner vers Maigret. Il en oublia la présence des journalistes et les termes de leur accord.
— Qu’est-ce que vous dites de cela !
— Je n’en dis rien ! répliqua Maigret imperturbable.
— Remarquez, reprit le gérant de l’Hôtel Moderne, qu’il a fort bien pu sortir avec la malle sans être vu. Pour entrer, la nuit, il faut sonner, et le portier donne le cordon sans quitter son lit. Mais pour sortir, il suffit de tourner le bouton.
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