Simenon, Georges - La danseuse du Gai-Moulin
- Название:La danseuse du Gai-Moulin
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Simenon, Georges - La danseuse du Gai-Moulin краткое содержание
Deux jeunes noceurs endettés – un bourgeois désaxé et le fils d'un employé – fréquentent à Liège « Le Gai-Moulin », une boîte de nuit où ils courtisent l'entraîneuse Adèle. A la fin d'une soirée qu'elle a passée, à une table voisine des jeunes gens, en compagnie d'un Levantin arrivé le jour même dans la ville, Delfosse et Chabot se laissent enfermer dans la cave de l'établissement afin de s'emparer de la recette. Dans l'obscurité, ils entr'aperçoivent ce qu'ils croient être un cadavre, celui du Levantin ; ils prennent la fuite. Le lendemain, émoi dans la presse : le corps d'Ephraïm Graphopoulos, le client de passage, est découvert à l'intérieur d'une manne d'osier abandonnée dans un jardin public. L'enquête aboutit rapidement à l'arrestation des deux jeunes gens. Mais il y a un troisième suspect : un autre client de passage, un Français, également présent au « Gai-Moulin » le soir du meurtre.
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Un journaliste qui avait des talents de dessinateur faisait un rapide croquis de Maigret, qu’il représentait avec des bajoues et une tête aussi inquiétante que possible.
M. Delvigne se passa la main dans les cheveux, balbutia :
— Rentrez un instant dans mon bureau, voulez-vous ?
Il ne savait où poser son regard. Un reporter lui demandait :
— Il a fait des aveux ?
— Fichez-moi la paix !
Et Maigret disait calmement :
— Je vous préviens que je ne répondrai plus à aucune question…
— Girard ! Faites avancer la voiture !
— Est-ce que je ne dois pas signer ma déclaration ? s’informait le gérant.
— Tout à l’heure…
C’était le désordre. Il n’y avait que Maigret à fumer gravement sa pipe en regardant les personnes présentes les unes après les autres.
— Menottes ? questionna Girard en rentrant.
— Oui… Non… Venez par ici, vous !…
Il avait hâte d’être seul dans la voiture avec le commissaire.
Comme on roulait dans les rues désertes, il questionna, presque suppliant :
— Qu’est-ce que cela veut dire ?
— Quoi ?
— Cette histoire de malle. Cet homme vous accuse, en somme, d’avoir emporté de l’hôtel une malle en osier. La malle dans laquelle on a retrouvé le cadavre !
— C’est bien ce qu’il a eu l’air d’insinuer.
Cet « insinuer » était d’une ironie savoureuse après les affirmations passionnées du gérant.
— C’est vrai ?
Au lieu de répondre, Maigret discuta.
— En somme, cette malle a été emportée par Graphopoulos ou par moi. Si c’est par Graphopoulos, avouez que c’est extraordinaire ! Un homme qui prend soin de véhiculer son propre cercueil !…
— Excusez-moi… Mais, tout à l’heure, quand vous m’avez décliné votre qualité, je n’ai pas pensé à vous demander… hum !… une preuve de…
Maigret fouilla ses poches. Il tendit bientôt à son compagnon sa médaille de commissaire.
— Oui… Je vous demande pardon… Cette histoire de malle…
Et, soudain courageux, grâce à l’obscurité qui régnait dans la voiture :
— Savez-vous que, même si vous ne m’aviez rien dit, je serais forcé de vous arrêter, après la déclaration précise de cet homme ?
— Bien entendu !
— Vous vous attendiez à cette accusation ?
— Moi ?… Non !
— Et vous croyez que Graphopoulos a emporté lui-même la malle ?
— Je ne crois encore rien !
M. Delvigne, impatienté, le sang aux joues, se tut, s’enfonça dans son coin. Arrivé à la prison, il procéda rapidement aux formalités d’écrou, en évitant de regarder son compagnon en face.
— Le gardien va vous conduire… dit-il en guise d’adieu.
Il devait d’ailleurs en faire aussitôt un cas de conscience.
Dans la rue, il se demandait s’il n’avait pas été trop sec à l’égard de son collègue.
— Lui-même m’a demandé de me montrer dur !
Oui, mais pas en tête à tête ! En outre, cela se passait avant la déclaration du gérant de l’Hôtel Moderne. Est-ce que Maigret, parce qu’il était de Paris, s’amusait à se payer sa tête ?
— Dans ce cas, tant pis pour lui…
Girard attendait dans le bureau, où il lisait les alinéas dictés par le commissaire Maigret.
— Cela avance ! se félicita-t-il à l’arrivée de son chef.
— Ah ! tu trouves que ça avance, toi !
Et le ton était tel que Girard écarquilla les yeux.
— Mais… cette arrestation… et la malle qui…
— La malle qui… Oui !… Je te conseille d’en parler, de la malle qui… Demande-moi le télégraphe à l’appareil…
Et, quand il eut la communication, il dicta la dépêche suivante :
Direction Police judiciaire Paris,
Prière envoyer urgence signalement détaillé et si possible fiche dactyloscopique commissaire Maigret.
Sûreté Liège.
— Qu’est-ce que cela veut dire ? osa questionner Girard.
Mal lui en prit. L’autre le regarda férocement.
— Cela ne veut rien dire du tout, tu entends ? Cela veut dire que j’en ai assez de tes questions stupides !… Cela veut dire que j’ai envie qu’on me fiche la paix !… Cela veut dire…
Et, s’apercevant du ridicule de sa colère, il acheva soudain d’un seul mot :
— M… !
Puis il s’enferma dans son bureau, en tête à tête avec les treize points du commissaire Maigret.
VIII
Chez Jeanne
— Reste tranquille ! dit la grosse fille avec un rire polisson. On va nous voir…
Et elle se leva, se dirigea vers la baie vitrée que voilait un rideau au filet, questionna :
— Tu attends le train de Bruxelles ?
C’était un petit café, derrière la gare des Guillemins. La pièce, assez vaste, était propre, les carreaux clairs du sol lavés à grande eau, les tables vernies avec soin.
— Viens t’asseoir ! murmura l’homme installé devant un demi de bière.
— Tu seras sage ?
Et la femme s’assit, prit la main de l’homme qui traînait sur la banquette, la posa sur la table.
— Tu es voyageur de commerce ?
— À quoi vois-tu ça ?
— À rien… Je ne sais pas… Non ! Si tu ne restes pas tranquille, je vais aller sur le seuil… Dis-moi plutôt ce que tu bois… La même chose ? Pour moi aussi ?…
Ce qui rendait le café équivoque, c’était peut-être sa propreté, l’ordre qui y régnait et un je ne sais quoi qui tenait plutôt du ménage que de l’établissement public.
Le comptoir était minuscule, sans pompe à bière, et, derrière, c’est à peine s’il y avait une vingtaine de verres sur l’étagère. Sur une table, près de la fenêtre, on voyait un ouvrage de couture et ailleurs un panier de haricots verts dont on avait commencé à retirer les fils.
C’était net. Cela sentait la soupe et non la boisson. On avait l’impression, en entrant, de violer l’intimité d’un ménage.
La femme, qui pouvait avoir trente-cinq ans, était appétissante, avec quelque chose de convenable et de maternel tout ensemble.
Elle passait son temps à repousser la main que le client timide posait à chaque instant sur son genou.
— Dans l’alimentation ?…
Tout à coup, elle tendit l’oreille. Un escalier conduisait directement de la salle au premier étage. Or, on avait entendu du bruit, là-haut, comme si quelqu’un se levait.
— Tu permets un moment ?
Elle alla écouter, puis gagna un corridor, cria :
— Monsieur Henry !…
Quand elle revint vers le client, celui-ci se montrait inquiet, dérouté, d’autant plus qu’un homme en manches de chemise, sans faux col, arrivait de l’arrière-boutique, s’engageait sans bruit dans l’escalier. On ne vit plus que ses jambes, puis plus rien.
— Qu’est-ce qu’il y a ?
— Rien… Un jeune homme qui était soûl, hier au soir, et qu’on a couché là-haut…
— Et… M. Henry… est votre mari ?…
Elle rit, ce qui secoua sa gorge abondante et molle.
— C’est le patron… Moi, je ne suis que la serveuse… Attention !… Je vous jure qu’on va vous voir…
— Pourtant… je voudrais…
— Quoi ?
Et l’homme était tout rouge. Il ne savait plus ce qu’il pouvait ou ne pouvait pas se permettre. Il regardait sa grasse et fraîche compagne avec des yeux luisants.
— Il n’y a pas moyen d’être un peu seuls ?… chuchota-t-il.
— Tu es fou ?… Pour quoi faire ?… C’est une maison sérieuse, ici…
Elle s’interrompit, écouta à nouveau. Une discussion s’élevait, là-haut. M. Henry répondait d’une voix calme et sèche à quelqu’un qui lui faisait des reproches véhéments.
— Un vrai gamin… expliquait la grosse fille. À faire pitié !… Cela n’a pas vingt ans et cela s’enivre… Avec ça qu’il payait à boire à tout le monde, qu’il faisait le malin et que des tas de types en ont profité…
La porte s’ouvrait, là-haut… Les voix devenaient plus nettes.
— Je vous dis que j’avais des centaines de francs dans mes poches ! glapissait le jeune homme. On me les a volés !… Je veux mon argent…
— Doucement ! Doucement ! Il n’y a pas de voleurs ici ! Si vous n’aviez pas été ivre comme un cochon…
— C’est vous qui m’avez donné à boire…
— Si je donne à boire aux gens, c’est que je les crois assez intelligents pour veiller à leur portefeuille… Et encore ! J’ai dû vous arrêter… C’est vous qui êtes allé chercher des filles sur le trottoir, sous prétexte que la serveuse n’était pas assez gentille avec vous… Et vous vouliez une chambre… Et je ne sais quoi encore…
— Rendez-moi mon argent…
— Je n’ai pas votre argent, et si vous continuez à faire du bruit, je fais appeler la police…
M. Henry ne se troublait pas le moins du monde. C’était le jeune homme qui se troublait en descendant l’escalier à reculons, tout en discutant toujours.
Il avait les traits tirés, les yeux cernés, la bouche mauvaise.
— Vous êtes tous des voleurs !
— Répétez-le…
Et M. Henry descendit quelques marches en courant, prit l’autre au collet.
Brusquement, ce fut presque un drame. Le gamin tirait un revolver de sa poche, hurlait :
— Lâchez-moi ou je…
Le voyageur de commerce se colla contre la banquette, serra peureusement le bras de sa voisine qui voulut s’élancer en avant.
Peine perdue, M. Henry, en homme habitué aux rixes, avait donné un coup sec sur l’avant-bras de son adversaire et le revolver tombait des mains de celui-ci.
— Ouvre la porte !… commanda-t-il, haletant quand même, à la femme…
Et, quand ce fut fait, il imprima au gamin un tel élan que celui-ci alla rouler au milieu du trottoir. Puis il ramassa le revolver et le lança vers lui.
— Ces morveux qui viendraient vous injurier chez vous !… Hier, ça faisait le malin et ça montrait son argent au premier venu…
Il remettait de l’ordre dans sa chevelure, jetait un coup d’œil vers la porte, apercevait un uniforme de sergent de ville.
— Vous êtes témoin qu’il m’a menacé, hein ! dit-il au client gêné. D’ailleurs, la police connaît la maison…
Sur le trottoir, René Delfosse, debout, les vêtements salis, claquait des dents de rage et répondait au sergent de ville sans même savoir ce qu’il racontait.
— Vous dites qu’on vous a volé ? D’abord, qui êtes-vous ? Montrez-moi vos papiers… Et à qui appartient cette arme ?…
Un rassemblement de quelques personnes. Des gens qui se penchaient à la portière du tramway.
— Et puis ! suivez-moi au commissariat…
En y arrivant, Delfosse eut une telle crise de rage que le policier reçut des coups de pied dans les tibias. Interrogé par le commissaire, il commença par raconter qu’il était Français et qu’il était arrivé la veille à Liège.
— C’est dans ce café qu’ils m’ont enivré et qu’ils m’ont dépouillé de tout mon argent…
Mais un agent, dans un coin, l’observait. Il alla parler bas au commissaire. Celui-ci sourit avec satisfaction.
— Ne vous appelez-vous pas plutôt René Delfosse ?
— Cela ne vous regarde pas…
Rarement on avait vu client aussi rageur. Il en avait la tête tout de travers, la bouche tordue.
— Et l’argent qu’on vous a pris n’était-il pas l’argent volé à une certaine danseuse ?
— Ce n’est pas vrai !
— Tout doux ! Tout doux ! Vous vous expliquerez à la Sûreté ! Qu’on téléphone au commissaire Delvigne pour lui demander ce qu’on doit faire de ce coco-là…
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