Simenon, Georges - La danseuse du Gai-Moulin
- Название:La danseuse du Gai-Moulin
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Simenon, Georges - La danseuse du Gai-Moulin краткое содержание
Deux jeunes noceurs endettés – un bourgeois désaxé et le fils d'un employé – fréquentent à Liège « Le Gai-Moulin », une boîte de nuit où ils courtisent l'entraîneuse Adèle. A la fin d'une soirée qu'elle a passée, à une table voisine des jeunes gens, en compagnie d'un Levantin arrivé le jour même dans la ville, Delfosse et Chabot se laissent enfermer dans la cave de l'établissement afin de s'emparer de la recette. Dans l'obscurité, ils entr'aperçoivent ce qu'ils croient être un cadavre, celui du Levantin ; ils prennent la fuite. Le lendemain, émoi dans la presse : le corps d'Ephraïm Graphopoulos, le client de passage, est découvert à l'intérieur d'une manne d'osier abandonnée dans un jardin public. L'enquête aboutit rapidement à l'arrestation des deux jeunes gens. Mais il y a un troisième suspect : un autre client de passage, un Français, également présent au « Gai-Moulin » le soir du meurtre.
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— Il se passera quelque chose ?
— Chut ! Pas si haut ! Le rouquin, là-bas, est le commissaire Delvigne. S’il s’est dérangé, c’est que…
— Laquelle est Adèle ? La grosse blonde ?
— Elle n’est pas arrivée !
Elle arrivait. Elle faisait une entrée sensationnelle. Elle portait un ample manteau de satin noir doublé de soie blanche. Elle avançait d’abord de quelques pas, s’arrêtait, regardait à la ronde puis, nonchalante, se dirigeait vers l’orchestre, tendait la main au chef.
Éclair de magnésium. Un photographe venait de prendre un cliché pour son journal et la jeune femme haussait les épaules, comme si cette popularité lui eût été indifférente.
— Cinq portos, cinq !
Victor et Joseph étaient sur les dents. Ils se faufilaient entre les tables.
On eût dit une fête, mais une fête où chacun était là pour regarder les autres. Les danseurs professionnels gravitaient seuls sur la piste.
— Ce n’est pas si extraordinaire que ça ! disait une femme que son mari conduisait pour la première fois dans un cabaret. Je ne vois pas ce qu’il y a de répréhensible.
Genaro s’approcha des policiers.
— Excusez-moi, messieurs. Je voudrais vous demander un conseil. Est-ce qu’il faut faire les numéros, comme d’habitude ?… Maintenant, Adèle devrait danser…
Le commissaire haussa les épaules en regardant ailleurs.
— Ce que j’en disais, c’était pour ne pas vous contrarier…
La jeune femme était au bar, entourée par les journalistes qui la questionnaient.
— En somme, Delfosse a volé le contenu de votre sac. Il était votre amant depuis longtemps ?
— Il n’était même pas mon amant !
Elle manifestait un certain embarras. Il lui fallait faire un effort pour subir le feu de tous les regards.
— Vous avez bu le champagne avec Graphopoulos. À votre avis, quel genre d’homme était-ce ?
— Un chic type ! Mais laissez-moi…
Elle alla au vestiaire retirer son manteau, s’approcha un peu plus tard de Genaro.
— Je danse ?
Il n’en savait rien. Il regardait toute cette foule avec une pointe d’inquiétude, comme s’il craignait d’être submergé.
— Je me demande ce qu’ils attendent.
Elle alluma une cigarette, s’accouda au bar, le regard lointain, sans répondre aux questions que les reporters continuaient à lui poser.
Une grosse commère disait à voix haute :
— C’est ridicule de payer dix francs une limonade ! Il n’y a même rien à voir !
Il y eut quelque chose à voir, pourtant, mais seulement pour ceux qui connaissaient les personnages du drame. Le chasseur en rouge souleva à certain moment la portière et l’on entrevit un homme d’une cinquantaine d’années aux moustaches argentées, qui fut surpris en apercevant tant de monde.
Il fut tenté de reculer. Mais son regard rencontra celui d’un journaliste qui l’avait reconnu et qui donnait un coup de coude à son voisin. Alors il entra, l’air dégagé, en secouant la cendre de sa cigarette.
Il portait beau. Il était habillé avec une remarquable élégance. On sentait l’homme habitué à la vie large autant qu’à l’existence nocturne.
Il marcha droit vers le bar, avisa Genaro.
— Vous êtes le patron de la boîte ?
— Oui, monsieur.
— M. Delfosse ! Il paraît que mon fils vous devait de l’argent ?
— Victor !
Et Victor accourut.
— C’est le père de M. René qui demande combien son fils te devait.
— Attendez que je consulte mon carnet… M. René tout seul ou bien M. René et son ami ?… hum !… Cent cinquante et soixante-quinze… Et dix et les cent vingt d’hier…
M. Delfosse lui tendit un billet de mille francs, laissa tomber sèchement :
— Gardez le tout !
— Merci, monsieur ! Merci beaucoup ! Vous ne voulez pas prendre quelque chose ?
Mais M. Delfosse regagnait la sortie sans regarder personne. Il passa près du commissaire, qu’il ne connaissait pas. Au moment où il franchissait la portière, il frôla un nouvel arrivant, n’y prit garde et remonta dans sa voiture.
C’était pourtant le principal événement de la soirée qui se préparait. L’homme qui entrait était grand, large d’épaules, avec un visage épais, un regard calme.
Adèle, qui le vit la première, peut-être parce qu’elle ne cessait de guetter la porte, écarquilla les prunelles, se montra toute désemparée.
Le nouveau venu marchait droit vers elle, lui tendait une main grasse.
— Vous allez bien, depuis l’autre soir ?
Elle essaya d’esquisser un sourire.
— Merci ! Et vous ?
Des journalistes chuchotaient en le regardant.
— Tout ce que tu veux que c’est lui ?
— Il ne viendrait pas ici, ce soir !
Comme par bravade, l’homme tira de sa poche un paquet de tabac gris et se mit en devoir de bourrer sa pipe.
— Un pale ! lança-t-il à Victor qui passait, un plateau chargé à bout de bras.
Victor fit un signe affirmatif, poursuivit sa course, passa près des deux policiers et souffla rapidement :
— C’est lui !
Comment la nouvelle se répandit-elle ? Toujours est-il qu’une minute plus tard tous les regards étaient braqués sur l’homme aux larges épaules qui, une cuisse sur un haut tabouret du bar, l’autre jambe pendante, buvait sa bière anglaise à petites gorgées en contemplant le public à travers le verre embué.
Trois fois Genaro dut faire claquer ses doigts pour décider le jazz à jouer un nouveau morceau. Et le danseur professionnel lui-même, tout en dirigeant sa partenaire sur le parquet ciré, ne quittait pas l’homme des yeux.
Le commissaire Delvigne et l’inspecteur échangeaient des petits signes. Des journalistes les observaient.
— On y va ?
Ils se levèrent ensemble, se dirigèrent vers le bar d’une démarche nonchalante.
Le commissaire aux moustaches rousses s’accouda devant l’homme. Girard se plaça derrière, prêt à le ceinturer.
La musique ne cessa pas. Et, pourtant, tout le monde eut l’impression d’un silence anormal.
— Pardon ! Vous êtes bien descendu à l’Hôtel Moderne ?
Un lourd regard se posa sur celui qui parlait.
— Après ?
— Je crois que vous avez oublié de remplir votre fiche.
Adèle était à trois pas, le regard rivé à l’inconnu. Genaro faisait partir le bouchon d’une bouteille de champagne.
— Si vous n’y voyez pas d’inconvénient, je désirerais que vous veniez la remplir à mon bureau. Attention ! Pas d’esclandre…
Le commissaire Delvigne scrutait les traits de son partenaire et se demandait en vain ce qui, en lui, l’impressionnait.
— Vous me suivez ?
— Un instant…
Il porta la main à sa poche. L’inspecteur Girard crut qu’il voulait en sortir un revolver et il eut la maladresse de tirer le sien.
Des gens se levèrent. Une femme poussa un cri d’effroi. Mais l’homme ne voulait que prendre de la monnaie, qu’il posa sur le bar en disant :
— Je vous suis !
La sortie fut loin d’être discrète. La vue du revolver avait effrayé les clients, sinon ils eussent sans doute formé la haie. Le commissaire marchait le premier. Puis l’homme. Puis Girard, qui était pourpre à cause de sa fausse manœuvre.
Un photographe fit éclater du magnésium. Une voiture attendait devant la porte.
— Vous voulez bien monter…
Il n’y avait que trois minutes de chemin pour atteindre les bureaux de la police. Des inspecteurs en service de nuit étaient occupés à jouer au piquet et à boire des demis qu’ils avaient fait venir d’un café voisin.
L’homme entra comme chez lui, retira son chapeau melon, alluma une grosse pipe qui s’harmonisait avec sa face empâtée.
— Vous avez des papiers ?
Delvigne était nerveux. Il y avait quelque chose qui ne lui plaisait pas dans cette affaire et il ne savait pas quoi.
— Pas de papiers du tout !
— Où avez-vous déposé votre valise quand vous avez quitté l’Hôtel Moderne ?
Un regard aigu du commissaire qui se troubla, parce qu’il eut l’impression que son interlocuteur s’amusait comme un enfant.
— Je n’en sais rien !
— Vos nom, prénoms, profession, domicile…
— C’est votre bureau, à côté ?
On voyait une porte qui ouvrait sur un petit bureau vide et non éclairé.
— Et après ?
— Venez !
Ce fut l’homme aux larges épaules qui entra le premier, tourna le commutateur, referma la porte.
— Commissaire Maigret, de la Police judiciaire de Paris ! dit-il alors en tirant de petites bouffées de sa pipe. Allons ! mon cher collègue, je crois que, ce soir, nous avons fait du bon travail. Et vous avez une bien belle pipe !…
VII
Le voyage insolite
— Les journalistes ne vont pas accourir, au moins ? Fermez votre porte à clé, voulez-vous ? Il vaut mieux que nous causions en paix.
Le commissaire Delvigne regardait son collègue avec cette involontaire considération que l’on voue, en province, et surtout en Belgique, à tout ce qui vient de Paris. Au surplus, il était gêné de la gaffe qu’il venait de commettre et il voulut s’excuser.
— Du tout ! trancha Maigret. Je tenais absolument à être arrêté ! Je vais plus loin : tout à l’heure, vous me ferez conduire en prison et j’y resterai aussi longtemps que ce sera nécessaire. Vos inspecteurs eux-mêmes doivent croire à la réalité de mon arrestation.
Ce fut plus fort que lui ! Il éclata de rire, tant était drôle la physionomie du Belge. Il regardait Maigret en dessous, en se demandant quelle attitude il devait prendre. On sentait qu’il avait peur d’être ridicule. Et il essayait vainement de savoir si son compagnon plaisantait ou non.
Le rire de Maigret déchaîna le sien.
— Allons ! Allons ! Vous en avez de bonnes ! Vous mettre en prison !… Ha ! Ha !…
— Je vous jure que j’y tiens absolument !
— Ha ! Ha !…
Il résista longtemps. Et quand il vit que son interlocuteur parlait sérieusement, il en fut tout bouleversé.
Ils étaient maintenant assis face à face. Une table surchargée de dossiers les séparait. De temps en temps Maigret avait encore un regard d’admiration à la pipe d’écume de son collègue.
— Vous allez comprendre… dit-il. Je vous demande pardon de ne pas vous avoir mis au courant plus tôt, mais vous verrez tout à l’heure que c’était impossible. Le crime a été commis mercredi, n’est-ce pas ? Bon ! Eh bien ! lundi, j’étais à mon bureau, quai des Orfèvres, quand on me fait passer la carte d’un certain Graphopoulos. Comme d’habitude, avant de le recevoir, je téléphone au Service des étrangers pour avoir des renseignements sur lui. Rien ! Graphopoulos venait seulement d’arriver à Paris…
» Dans mon bureau, il me fait l’effet d’un homme momentanément troublé. Il m’explique qu’il voyage beaucoup, qu’il a des raisons de croire qu’on en veut à sa vie et il termine en me demandant combien cela lui coûterait d’être gardé nuit et jour par un inspecteur.
» C’est courant. Je lui communique le tarif. Il insiste pour avoir quelqu’un de tout à fait à la hauteur, mais par contre il répond évasivement à mes questions sur le danger qu’il court et sur ses ennemis possibles.
» Il me donne son adresse au Grand-Hôtel et le soir même je lui envoie l’inspecteur demandé.
» Le lendemain matin, je me renseigne sur lui. L’Ambassade de Grèce me répond qu’il est le fils d’un gros banquier d’Athènes et qu’il mène à travers l’Europe une vie oisive de grand seigneur.
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