Simenon, Georges - La guinguette à deux sous
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Simenon, Georges - La guinguette à deux sous краткое содержание
Une fin d'après-midi radieuse. Un soleil presque sirupeux dans les rues paisibles de la Rive Gauche. Et partout, sur les visages, dans les mille bruits familiers de la rue, de la joie de vivre. Il y a des jours ainsi, où l'existence est moins quotidienne et où les passants, sur les trottoirs, les tramways et les autos semblent jouer leur rôle dans une féerie. C'était le 27 juin. Quand Maigret arriva à la poterne de la Santé, le factionnaire attendri regardait un petit chat blanc qui jouait avec le chien de la crémière. Il doit y avoir des jours aussi où les pavés sont plus sonores. Les pas de Maigret résonnèrent dans la cour immense. Au bout d'un couloir, il interrogea un gardien. - Il a appris ?... - Pas encore. Un tour de clef. Un verrou. Une cellule très haute, très propre, et un homme qui se levait tandis que son visage semblait chercher une expression. - Ça va, Lenoir ? questionna le commissaire.
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Une porte entrouverte, à droite, laissait voir une salle de bains où il n’y avait place que pour la baignoire. Et un placard, en face, constituait toute la cuisine, avec un réchaud à gaz d’alcool sur une planche.
James était là, dans un petit fauteuil, cigarette aux lèvres, un livre entre les mains.
Pourquoi Maigret eut-il la certitude qu’avant son arrivée il n’y avait aucun contact entre lui et sa femme ?
Chacun dans son coin ! James lisait. La femme crochetait. On entendait tramways et autos déferler dans la rue.
Et c’était tout. Aucune intimité palpable.
Il se levait, tendait la main, esquissait un sourire gêné, comme pour s’excuser d’être surpris dans ce lieu.
— Comment ça va, Maigret ?
Mais cette cordialité familière, qui lui était habituelle, avait un autre son dans l’appartement de poupée. Elle détonnait. Elle ne s’harmonisait pas avec toutes ces petites choses, avec le tapis, les bibelots modernes posés sur les meubles, les tentures, les abat-jour joujoux…
— Ça va, merci !
— Asseyez-vous. J’étais en train de lire un roman anglais.
Et son regard disait clairement : « Ne faites pas attention !… Ce n’est pas ma faute… Je ne suis pas tout à fait chez moi…»
La femme les épiait, sans abandonner son travail.
— Il y a quelque chose à boire, Marthe ?… lui lança-t-il.
— Tu sais bien que non !
Et, au commissaire :
— C’est sa faute ! Quand j’ai des liqueurs ici, il vide les bouteilles en quelques jours ! Il boit déjà assez dehors…
— Dites donc, commissaire, si on descendait au bistrot ?…
Mais, avant que Maigret eût répondu, James se troublait en regardant sa femme, qui devait lui adresser des signes impératifs.
— C’est comme vous aimez mieux… Moi…
Il referma son livre en soupirant, changea de place un presse-papiers posé sur une table basse.
La pièce n’avait pas quatre mètres de long. Et pourtant on sentait qu’elle était double, que deux vies s’y déroulaient sans la moindre interpénétration.
La femme d’une part, qui arrangeait son intérieur à son goût, cousait, brodait, cuisinait, se taillait des robes…
Et James, qui arrivait à huit heures, devait manger sans mot dire, lisait en attendant le moment de se coucher sur le divan surchargé de coussins colorés qui, la nuit, se transformait en lit.
On comprenait mieux le « petit coin personnel » de James, à la terrasse de la Taverne Royale, devant un pernod…
— Descendons, oui !… dit Maigret.
Et son compagnon se leva précipitamment en soupirant d’aise.
— Vous permettez que je me chausse ?
Il était en pantoufles. Il se faufila entre la baignoire et le mur. La porte de la salle de bains restait ouverte, mais la femme baissa à peine la voix pour déclarer :
— Il ne faut pas faire attention… Il n’est pas tout à fait comme un autre…
Elle compta ses points de crochet :
— Sept… huit… neuf… Vous croyez qu’il sait quelque chose au sujet de l’affaire de Morsang ?…
— Où est le chausse-pied ?… grommela James, qui bouleversait des objets dans une armoire.
Elle regarda Maigret pour exprimer :
— Vous voyez comme il est ?…
Et James sortit enfin du cabinet de toilette, parut une fois de plus trop grand pour la pièce, dit à sa femme :
— Je reviens tout de suite !
— Je sais ce que cela veut dire…
Il faisait signe au commissaire de se presser, craignant sans doute un changement d’idée. Dans l’escalier aussi, il était trop grand, et comme mal assorti au décor.
La première maison à gauche était un bistrot de chauffeurs.
— Il n’y a que celui-ci dans le quartier…
Une lumière trouble autour du zinc. Quatre joueurs de cartes dans le fond.
— Tiens ! monsieur James, lança le patron en se levant. Comme toujours ?
Il saisissait déjà la bouteille de fine.
— Et pour vous ce sera ?…
— La même chose…
Les coudes sur le zinc, James questionnait :
— Vous êtes allé à la Taverne Royale ?… Je le pensais bien… Moi, je n’ai pas pu…
— À cause des trois cent mille francs…
Il ne manifesta aucune surprise, aucune gêne.
— Qu’est-ce que vous auriez fait à ma place ?… Basso est un copain… On a pris cent fois la cuite ensemble… À votre santé !
— Je vous laisse la bouteille ! dit le patron, qui devait avoir l’habitude et qui avait hâte de continuer sa partie de cartes.
Et James continuait sans entendre :
— Au fond, il n’a pas eu de chance… Une femme comme Mado !… À propos, est-ce que vous l’avez revue ?… Elle est venue à mon bureau, tout à l’heure, me demander si je savais où est Marcel… Vous imaginez cela, vous ?… C’est comme l’autre, avec son auto… Un copain aussi, pourtant !… Eh bien ! il m’a téléphoné pour me dire qu’il serait forcé de me réclamer le prix de la réparation et une indemnité pour l’immobilisation de la voiture… À ta santé !… Qu’est-ce que tu penses de ma femme ?… Elle est gentille, pas vrai ?…
Et James se versait un deuxième verre.
VII
Le brocanteur
Il se passait chez James un phénomène curieux qui intéressa Maigret. À mesure qu’il buvait, son regard, au lieu de devenir plus trouble, comme c’est le cas de la plupart des gens, s’aiguisait, au contraire, arrivait à être tout pointu, d’une pénétration, d’une finesse inattendues.
Sa main ne lâchait le verre que pour le remplir. La voix était molle, hésitante, sans conviction. Il ne regardait personne en particulier. Il semblait s’enfoncer dans l’atmosphère, s’y blottir.
Les joueurs de cartes n’échangeaient que quelques mots, au fond de la pièce. Le comptoir d’étain jetait des reflets troubles.
Et trouble était James, qui soupirait :
— C’est drôle… Un homme comme vous, fort, intelligent… Et d’autres, ailleurs !… Des gendarmes avec des uniformes… Des juges… Des tas de gens… Combien y en a-t-il sur pied ?… Peut-être cent, avec des greffiers qui copient les procès-verbaux, les téléphonistes qui transmettent les ordres… Peut-être cent à travailler des jours et des nuits parce que Feinstein a reçu une toute petite balle dans la peau…
Il fixa Maigret un instant, et le commissaire fut incapable de deviner si James faisait de l’ironie transcendante ou s’il était sincère.
— À ta santé ?… Ça vaut bien la peine, n’est-ce pas ?… Et pendant ce temps-là, ce pauvre bougre de Basso est traqué… La semaine dernière, il était riche… Il avait une grosse affaire, une auto, une femme, un fils… Maintenant, il ne peut pas seulement sortir de son trou…
Et James haussait les épaules. Sa voix devenait plus traînante. Il regardait autour de lui avec lassitude ou dégoût.
— Qu’est-ce qu’il y a dans le fond de tout ça ?… Une femme comme Mado, qui a besoin d’hommes… Basso s’y laisse prendre… On repousse rarement des occasions pareilles, pas vrai ?… Elle est belle fille… Elle a du tempérament… On se dit que ce n’est pas bien grave… On donne un rendez-vous et on va passer de temps en temps une heure ou deux dans une garçonnière.
James avala une grande gorgée, cracha par terre.
— Est-ce bête !… Résultat : un mort et toute une famille qui est fichue !… Et toute la machine sociale qui se met en mouvement ! Les journaux qui s’en occupent…
Le plus curieux, c’est qu’il parlait sans véhémence. Il laissait tomber les mots paresseusement et son regard errait sur le décor sans s’arrêter à un objet.
— Et encore atout ! disait triomphalement le patron derrière lui.
— Et Feinstein qui a passé toute sa vie à courir après de l’argent, à essayer de faire face à ses échéances !… Car il n’a jamais fait que ça !… Un cauchemar continu de traites et de billets à ordre… Au point de s’adresser avec une insistance significative, aux amants de sa femme… Il est bien avancé, maintenant qu’il est mort !…
— Qu’il a été tué ! rectifia rêveusement Maigret.
— Est-ce qu’on pourrait déterminer lequel des deux a tué l’autre ?
L’atmosphère devenait plus trouble autour d’eux. Les paroles de James, son visage empourpré y mettaient comme une sourde morbidesse.
— C’est idiot ! Je vois si bien ce qui s’est passé ! Feinstein, qui avait besoin d’argent, qui épiait Basso depuis la veille au soir en attendant le moment propice… Même pendant la fausse noce, quand il était habillé en vieille femme, il pensait à ses traites !… Il regardait Basso qui dansait avec sa femme… Vous comprenez ?… Alors, le lendemain, il parle… Basso, qui a déjà été tapé, refuse… L’autre insiste… Il pleurniche… La misère !… Le déshonneur !… Plutôt le suicide… Je vous jure que ça a dû être une comédie dans ce genre-là… Tout ça par un beau dimanche avec des canoës sur la Seine !…
« Ah ! c’est malin… Feinstein doit avoir laissé entendre qu’il n’était pas si aveugle qu’il en avait l’air…
« Bref, ils sont tous les deux derrière le hangar… De l’autre côté de l’eau, Basso a sa villa, sa femme, son gamin… Il veut faire taire l’autre… Il veut l’empêcher de tirer… Ils sont énervés…
« Et c’est tout ! Une balle est partie d’un tout petit revolver.
James regarda enfin Maigret.
— Je vous le demande, hein, qu’est-ce que ça peut bien f… ?
Il rit ! Un rire de mépris !
— Et voilà des centaines de gens qui courent en tous sens comme les fourmis d’une fourmilière où on a mis le feu ! Et les Basso traqués… Et le plus beau : Mado qui se démène, qui ne se résigne pas à perdre son amant !… Patron !…
Le patron déposa ses cartes à regret.
— Qu’est-ce que je vous dois ?
— En somme, dit Maigret, Basso dispose maintenant de trois cent mille francs…
James se contenta de hausser les épaules avec l’air de dire à nouveau : « Qu’est-ce que cela peut bien f… ? »
Et soudain :
— Tenez ! je me souviens de la façon dont ça a commencé… C’était un dimanche… On dansait dans le jardin de la villa… Basso dansait avec Mme Feinstein et, à certain moment, quelqu’un les a bousculés et ils sont tombés par terre, dans les bras l’un de l’autre… Tout le monde a ri, même Feinstein…
James reprenait sa monnaie, hésitait à s’en aller, soupirait, résigné :
— Encore un verre, patron !
Il en avait bu six et il n’était pas ivre. Il devait seulement avoir la tête lourde. Il fronçait les sourcils, se passait la main sur le front.
— Vous, vous allez vous remettre en chasse…
Il semblait plaindre Maigret.
— Trois pauvres bougres : un homme, une femme et un gosse, que tout le monde harcèle parce qu’un beau jour l’homme a couché avec Mado…
Était-ce sa voix, sa silhouette, l’ambiance ? En tout cas, il se créait peu à peu une véritable obsession et Maigret avait toutes les peines du monde à voir à nouveau les événements sous un autre angle.
— À ta santé, va !… Il faut que je remonte, car ma femme serait bien capable de m’envoyer une balle de revolver aussi… C’est idiot ! Idiot !…
Il ouvrit la porte d’un geste las. Sur le trottoir mal éclairé, il regarda Maigret dans les yeux, articula :
— Drôle de métier !
— Le métier de policier ?
— Et aussi celui d’homme… Ma femme va fouiller mes poches, compter la monnaie pour savoir combien de verres j’ai bus… Au revoir… Taverne Royale, demain ?…
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