Simenon, Georges - La guinguette à deux sous
- Название:La guinguette à deux sous
- Автор:
- Жанр:
- Издательство:неизвестно
- Год:неизвестен
- ISBN:нет данных
- Рейтинг:
- Избранное:Добавить в избранное
-
Отзывы:
-
Ваша оценка:
Simenon, Georges - La guinguette à deux sous краткое содержание
Une fin d'après-midi radieuse. Un soleil presque sirupeux dans les rues paisibles de la Rive Gauche. Et partout, sur les visages, dans les mille bruits familiers de la rue, de la joie de vivre. Il y a des jours ainsi, où l'existence est moins quotidienne et où les passants, sur les trottoirs, les tramways et les autos semblent jouer leur rôle dans une féerie. C'était le 27 juin. Quand Maigret arriva à la poterne de la Santé, le factionnaire attendri regardait un petit chat blanc qui jouait avec le chien de la crémière. Il doit y avoir des jours aussi où les pavés sont plus sonores. Les pas de Maigret résonnèrent dans la cour immense. Au bout d'un couloir, il interrogea un gardien. - Il a appris ?... - Pas encore. Un tour de clef. Un verrou. Une cellule très haute, très propre, et un homme qui se levait tandis que son visage semblait chercher une expression. - Ça va, Lenoir ? questionna le commissaire.
[http://www.amazon.fr/Guinguette-%C3%A0-deux-sous/dp/2253143111](http://www.amazon.fr/Guinguette-%C3%A0-deux-sous/dp/2253143111)
La guinguette à deux sous - читать онлайн бесплатно полную версию (весь текст целиком)
Интервал:
Закладка:
— Il les rembourse ?
— Pardon ! Dès ce moment, on ne trouve plus trace d’Ulrich dans les livres…
Il y avait à cela une excellente raison : c’est que le vieux juif de la rue des Blancs-Manteaux était mort ! Donc, ce décès avait rapporté à Feinstein la somme de trente-deux mille francs !
— Qui a remplacé Ulrich par la suite ?
— Personne pendant un certain temps. Un an plus tard, Feinstein, à nouveau gêné, a demandé du crédit à une petite banque et l’a obtenu. Mais la banque s’est lassée.
— Basso ?
— Je retrouve son nom dans les derniers livres non pour des prêts, mais pour des traites de complaisance.
— Et la situation à la date de la mort de Feinstein ?
— Ni meilleure ni pire que d’habitude. Avec une vingtaine de billets, il s’en tirait… jusqu’à l’échéance suivante ! Il y a quelques milliers de commerçants, à Paris, qui sont exactement dans le même cas et qui, des années durant, courent après la somme qui leur manque toujours en évitant la faillite de justesse.
Maigret s’était levé, avait pris son chapeau.
— Je vous remercie, monsieur Fleuret.
— Est-ce que je dois pousser l’expertise plus à fond ?
— Pas pour le moment.
Tout allait bien. L’enquête avançait avec une régularité mécanique. Et, dès lors, par contraste, Maigret avait un air bourru, comme s’il se fût méfié de cette facilité même.
— Pas de nouvelles de Lucas ? alla-t-il demander au garçon de bureau.
— Il a téléphoné tout à l’heure. L’homme que vous savez s’est présenté à l’Armée du Salut et a demandé un lit. Depuis lors, il dort.
Il s’agissait de Victor, qui n’avait pas un sou en poche. Est-ce qu’il espérait toujours toucher trente mille francs en échange du nom de l’assassin du père Ulrich ?
Maigret suivit les quais à pied. En passant devant un bureau de poste, il hésita, finit par entrer, remplit une formule télégraphique.
Arriverai probablement jeudi. Stop. Baisers à tous.
On était le lundi. Depuis le début des vacances, il n’avait pas encore pu rejoindre sa femme en Alsace. Il sortit en bourrant une pipe, eut l’air d’hésiter à nouveau, héla enfin un taxi, à qui il jeta l’adresse du boulevard des Batignolles.
Il avait quelques centaines d’enquêtes à son actif. Il savait que presque toutes se font en deux temps, comportent deux phases différentes.
D’abord la prise de contact du policier avec une atmosphère nouvelle, avec des gens dont il n’avait jamais entendu parler la veille, avec un petit monde qu’un drame vient d’agiter.
On entre là-dedans en étranger, en ennemi. On se heurte à des êtres hostiles, rusés ou hermétiques.
La période la plus passionnante, d’ailleurs, aux yeux de Maigret. On renifle. On tâtonne. On n’a aucun point d’appui, souvent aucun point de départ. On regarde des gens s’agiter et chacun peut être le coupable ou un complice.
Brusquement on saisit un bout du fil et voilà la seconde période qui commence. L’enquête est en train. L’engrenage est en mouvement. Chaque pas, chaque démarche apporte une révélation nouvelle, et presque toujours le rythme s’accélère pour finir par une révélation brutale.
Le policier n’est plus seul à agir. Les événements travaillent pour lui, presque en dehors de lui. Il doit les suivre, sans se laisser dépasser.
Il en était ainsi depuis la découverte d’Ulrich. Le matin encore, Maigret n’avait aucune indication sur l’identité de la victime du canal Saint-Martin.
Maintenant, il savait que c’était un brocanteur doublé d’un usurier, à qui le chemisier devait de l’argent.
Il fallait suivre le fil. Un quart d’heure plus tard, le commissaire sonnait à la porte de l’appartement des Feinstein, au cinquième étage d’une maison du boulevard des Batignolles. Une servante aux cheveux défaits, à l’air stupide, vint lui ouvrir, se demanda si elle devait l’introduire ou non.
Mais au même instant, au portemanteau de l’antichambre, Maigret apercevait le chapeau de James.
Était-ce le mouvement en avant qui se précipitait, ou, au contraire, y avait-il une dent cassée dans l’engrenage ?
— Madame est ici ?
Il profita de la timidité de la domestique, qui devait arriver tout droit de sa campagne, et il entra, se dirigea vers une porte derrière laquelle on entendait des bruits de voix, frappa, ouvrit aussitôt.
Il connaissait déjà l’appartement, pareil à la plupart des appartements de petit-bourgeois du quartier. Dans un salon au divan étroit, aux fragiles fauteuils à pieds dorés, il aperçut tout d’abord James, debout devant la fenêtre, le regard perdu dans la contemplation de la rue.
Mme Feinstein était habillée pour sortir, tout en noir, un petit chapeau de crêpe très coquet sur la tête. Et elle paraissait extrêmement animée.
Par contre, elle ne manifesta nulle contrariété à la vue de Maigret, tandis que James tournait vers celui-ci un visage ennuyé, un peu gêné aussi.
— Entrez, monsieur le commissaire… Vous n’êtes pas de trop… J’étais justement en train de dire à James qu’il est stupide…
— Ah !
Cela sentait la scène de ménage. James murmura sans conviction, sans espoir :
— Allons, Mado…
— Non ! Tais-toi !… Je parle en ce moment au commissaire…
Alors, résigné, l’Anglais regarda à nouveau la rue, où il ne devait apercevoir que les têtes des passants.
— Si vous étiez un policier ordinaire, monsieur le commissaire, je ne vous parlerais pas comme je le fais… Mais vous avez été notre invité à Morsang… Et on voit bien que vous êtes un homme capable de comprendre…
Et elle une femme capable de parler des heures durant ! Capable de prendre tout le monde à témoin ! Capable de réduire le plus bavard au silence !
Elle n’était ni belle ni jolie. Mais elle était appétissante, surtout dans ses vêtements de deuil qui, au lieu de lui donner un aspect triste, la rendaient plus croustillante.
Une femme bien en chair, bien vivante, qui devait être une maîtresse tumultueuse.
Le contraste était violent avec James et son visage ennuyé, son regard toujours un peu vague, sa silhouette flegmatique.
— Tout le monde sait que je suis la maîtresse de Basso, n’est-ce pas ?… Je n’en ai pas honte !… Je ne l’ai jamais caché… Et, à Morsang, il n’y a eu personne pour m’en faire le reproche… Si mon mari avait été un autre homme…
Elle reprenait à peine haleine.
— Quand on n’est pas capable de faire face à ses affaires !… Regardez le taudis où il me faisait vivre !… Et remarquez qu’il n’y était jamais !… Ou, quand il y était, le soir, après dîner, c’était pour me parler de ses soucis d’argent, de la chemiserie, des employés, que sais-je ?… Eh bien ! je prétends, moi, que quand on n’est pas de taille à rendre une femme heureuse, on n’a rien à lui reprocher ensuite…
« D’ailleurs, Marcel et moi devions nous marier un jour ou l’autre… Vous ne le saviez pas ?… Bien entendu, on ne le criait pas sur les toits… Ce qui l’arrêtait encore, c’était son fils… Il aurait divorcé… J’en aurais fait autant de mon côté et…
« Vous avez vu Mme Basso ?… Ce n’est pas la femme qu’il faut à un homme comme Marcel.
Dans son coin, James soupirait et fixait maintenant le tapis à fleurs.
— Voulez-vous me dire quel est mon devoir ? Marcel est malheureux ! il est poursuivi ! Il doit passer à l’étranger… Et ma place ne serait pas auprès de lui ?… Dites ?… Parlez franchement…
— Heu ! Heu !… se contenta de grommeler Maigret sans se compromettre.
— Vous voyez !… Tu vois, James !… Le commissaire est de mon avis… Tant pis pour le monde et le qu’en-dira-t-on… Eh bien ! commissaire, James refuse de me dire où est Marcel – Or, il le sait, j’en suis sûre… Il n’ose même pas le nier.
Si Maigret n’avait déjà vu quelques femmes de ce calibre dans sa vie, il en eût sans doute été suffoqué. Mais l’inconscience ne l’étonnait plus.
Il y avait moins de deux semaines que Feinstein avait été tué par Basso autant qu’on en pouvait juger.
Et là, dans l’appartement morne où il y avait au mur le portrait du chemisier, et son fume-cigarette dans un cendrier, sa femme parlait de son devoir.
Le visage de James était d’une éloquence inouïe. Et pas seulement son visage ! Ses épaules ! Son attitude ! Son dos rond. Tout cela signifiait : « Quelle femme !…»
Elle se tournait vers lui.
— Tu vois que le commissaire…
— Le commissaire n’a rien dit du tout.
— Tiens ! tu me dégoûtes ! Tu n’es pas un homme ! Tu as peur de tout ! Si je disais pourquoi tu es venu ici aujourd’hui…
L’événement était si inattendu que James redressa d’abord la tête, tout rouge. Et il avait rougi comme un enfant. Le visage s’était empourpré d’un seul coup, les oreilles étaient devenues couleur de sang.
Il voulut dire quelque chose. Il en fut incapable. Il essaya de se ressaisir et il parvint enfin à émettre un petit rire pénible.
— Maintenant, autant le dire tout de suite.
Maigret observa la femme. Elle était un peu gênée de la phrase qui lui avait échappé.
— Je n’ai pas voulu…
— Non ! tu ne veux jamais rien… N’empêche que…
Le salon paraissait plus petit, plus intime. Mado haussait les épaules avec l’air de dire : « Et puis après ! tant pis pour toi…»
— Pardon ! intervint alors le commissaire, dont les yeux riaient, en s’adressant à James. Il y a longtemps que vous vous tutoyez ?… Il me semblait qu’à Morsang…
Et il avait peine à garder son sérieux, tant était grand le contraste entre le James qu’il connaissait et celui qu’il avait devant lui. Celui-ci avait l’air d’un écolier timide qu’on prend en faute.
Chez lui, dans le studio où sa femme crochetait, James gardait une certaine allure, renfrogné dans son isolement.
Ici, il était prêt à bafouiller.
— Bah ! Vous avez déjà compris, n’est-ce pas ?… J’ai été l’amant de Mado, moi aussi…
— Heureusement que ça n’a pas duré ! ricana-t-elle.
Et il fut troublé par cette riposte. Son regard chercha un secours en Maigret.
— C’est tout… Il y a assez longtemps… Ma femme ne se doute de rien.
— Avec ça qu’elle te dit tout ce qu’elle pense !
— … Comme je la connais, ce seraient des reproches pendant toute notre vie… Alors je suis venu demander à Mado, au cas où elle serait questionnée, de ne pas dire…
— Et elle a promis ?
— À condition que je lui donne l’adresse actuelle de Basso… Concevez-vous ça ?… Il est avec sa femme, son gosse… Sans doute a-t-il déjà franchi la frontière…
Le ton de cette dernière phrase fut moins ferme, prouvant que James mentait consciencieusement.
Maigret s’était assis dans un petit fauteuil qui craquait sous lui.
— Vous êtes restés amants longtemps ? questionna-t-il d’un air bonhomme.
— Trop ! lança Mme Feinstein.
— Pas longtemps… Quelques mois… soupira James.
— Et vous vous rencontriez dans un meublé comme celui de l’avenue Niel ?
— Non ! James avait loué une garçonnière du côté de Passy !
— Vous alliez déjà chaque dimanche à Morsang ?
— Oui…
— Et Basso aussi ?
— Oui… La bande est la même depuis sept ou huit ans, à quelques exceptions près…
— Et Basso savait que vous étiez amants ?
— Oui… Il n’était pas encore amoureux… Cela lui a pris il y a seulement un an…
Читать дальшеИнтервал:
Закладка: