Simenon, Georges - La guinguette à deux sous
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Simenon, Georges - La guinguette à deux sous краткое содержание
Une fin d'après-midi radieuse. Un soleil presque sirupeux dans les rues paisibles de la Rive Gauche. Et partout, sur les visages, dans les mille bruits familiers de la rue, de la joie de vivre. Il y a des jours ainsi, où l'existence est moins quotidienne et où les passants, sur les trottoirs, les tramways et les autos semblent jouer leur rôle dans une féerie. C'était le 27 juin. Quand Maigret arriva à la poterne de la Santé, le factionnaire attendri regardait un petit chat blanc qui jouait avec le chien de la crémière. Il doit y avoir des jours aussi où les pavés sont plus sonores. Les pas de Maigret résonnèrent dans la cour immense. Au bout d'un couloir, il interrogea un gardien. - Il a appris ?... - Pas encore. Un tour de clef. Un verrou. Une cellule très haute, très propre, et un homme qui se levait tandis que son visage semblait chercher une expression. - Ça va, Lenoir ? questionna le commissaire.
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— Vous êtes sûr que M. Basso n’avait pas un petit répertoire personnel ?… Attendez donc ! Qui était ici quand son fils est né ?
— Moi ! répondit la dactylo, non sans un rien de gêne, car elle avait trente-cinq ans et voulait en paraître vingt-cinq.
— Bon ! M. Basso a dû envoyer des faire-part.
— C’est moi qui m’en suis chargée.
— Il vous a donc donné une liste de ses amis.
— Un petit carnet, oui ! dit-elle. C’est exact ! Je l’ai même classé ensuite dans le dossier personnel.
— Et où est ce dossier ?
Elle hésita, regarda ses collègues pour leur demander conseil. Le chef comptable répondit d’un geste qui signifiait : « Je pense qu’il n’y a rien d’autre à faire…»
— C’est chez lui… dit-elle alors. Voulez-vous me suivre ?
On traversa les chantiers. Au rez-de-chaussée de la maison, meublée très simplement, il y avait un bureau qui ne devait jamais servir qu’on appelait d’ailleurs la bibliothèque.
Bibliothèque de gens pour qui la lecture n’est qu’une distraction de second plan. Bibliothèque de famille aussi, où viennent s’entasser des choses inattendues.
Par exemple, il y avait encore, sur les rayons du bas, les prix gagnés par Basso lorsqu’il était au collège. Puis toute une collection reliée du Magazine des Familles d’il y a cinquante ans.
Des livres pour jeunes filles, que Mme Basso avait dû apporter lors de son mariage. Puis des romans à couverture jaune, achetés sur la foi de la publicité des journaux.
Enfin des livres illustrés plus neufs, appartenant au gamin, des jouets installés sur les rayons restés libres.
La secrétaire ouvrit les tiroirs du bureau et Maigret lui désigna une grosse enveloppe jaune qui était fermée.
— Qu’est-ce que c’est ?
— Les lettres de Monsieur à Madame quand ils étaient fiancés.
— Vous avez le carnet ?
Elle le trouva, au fond d’un tiroir où il y avait une dizaine de vieilles pipes. Le carnet avait quinze ans pour le moins. On n’y trouvait que l’écriture de Basso, mais cette écriture avait changé avec le temps, de même que l’intensité de l’encre.
C’était un peu comme les couches de varech au bord de la mer, révélant par leur degré de sécheresse la marée qui les a apportées.
Des adresses étaient là depuis quinze ans, des adresses de camarades sans doute oubliés. Certaines étaient raturées, peut-être à la suite d’une dispute ou d’un décès.
Il y avait des adresses de femmes. L’une était caractéristique : Lola, Bar des Églantiers, 18, rue Montaigne.
Mais un trait de crayon bleu avait supprimé Lola de la vie de Basso.
— Vous trouvez ce que vous cherchez ? s’informa la secrétaire.
Il trouvait, oui ! Une adresse honteuse, puisque le marchand de charbon n’avait pas osé écrire le nom en entier : Ul. 13 bis, rue des Blancs-Manteaux.
L’encre appartenait à la couche des adresses anciennes, l’écriture aussi. Et, comme certaines autres, elle avait reçu un bon coup de crayon bleu, qui n’empêchait pourtant pas de lire.
— Pouvez-vous me dire vers quelle époque ces mots ont été écrits ?
La secrétaire se pencha, répliqua :
— C’est encore du temps où M. Basso était jeune homme et où son père vivait toujours…
— À quoi le voyez-vous ?
— Parce que c’est la même encre que l’adresse de femme de l’autre page… Et il m’a dit un jour que c’était une aventure de jeunesse.
Maigret referma le calepin, le glissa dans sa poche, tandis que la secrétaire lui lançait un regard de reproche.
— Vous croyez qu’il reviendra ?… questionna-t-elle après un moment d’hésitation.
Le commissaire répondit par un geste évasif.
Quand il arriva au quai des Orfèvres, Jean, le garçon de bureau, courut au-devant de lui.
— Il y a deux heures qu’on vous cherche ! Les Basso sont retrouvés.
— Ah !…
Et il soupirait sans enthousiasme, à regret même, eût-on dit.
— Lucas n’a pas téléphoné ?
— Il téléphone toutes les trois ou quatre heures. L’homme est toujours à l’Armée du Salut. Comme on voulait le mettre dehors après lui avoir donné à manger, il s’est offert pour balayer les locaux…
— L’inspecteur Janvier est ici ?
— Je crois qu’il vient de rentrer.
Maigret alla trouver Janvier dans son bureau.
— Une mission bien embêtante comme tu les aimes, vieux. Il faudrait essayer de me retrouver une certaine Lola qui, il y a dix ou quinze ans, se faisait écrire au Bar des Églantiers, rue Montaigne…
— Et depuis lors ?
— Elle est peut-être morte à l’hôpital ! Elle a peut-être épousé un lord anglais… Débrouille-toi !…
Dans le train qui le conduisait à La Ferté-Alais, il compulsa le carnet d’adresses, avec parfois un sourire attendri, car il y avait certaines mentions qui suffisaient à évoquer toute une jeunesse d’homme.
Le lieutenant de gendarmerie était à la gare. Il conduisit lui-même le commissaire à la maison de la vieille Mathilde et l’on aperçut, dans le jardinet, Piquart qui montait gravement la garde.
— On s’est assuré qu’il n’y a pas moyen de fuir par-derrière… expliqua le lieutenant. Et il fait si petit là-dedans que mon factionnaire est resté dehors… J’entre avec vous…
— Il vaut peut-être mieux que non.
Maigret frappa à la porte, qui s’ouvrit aussitôt. Il était tard. Dehors, il faisait encore clair, mais la fenêtre était si étroite que, dans la bicoque, on ne voyait guère que des ombres qui bougeaient.
Basso, à califourchon sur une chaise, dans la pose d’un homme qui attend depuis de longues heures, se leva. Sa femme, qu’on n’apercevait pas, devait se tenir dans la pièce voisine avec le gamin.
— Voulez-vous allumer ? dit Maigret à la vieille.
Et celle-ci, d’une voix aigrelette :
— Faudrait d’abord voir si j’ai du pétrole !
Elle en avait, d’ailleurs ! Le verre de la lampe cliqueta, la mèche fuma, se couronna d’une flamme jaunâtre qui éclaira peu à peu tous les recoins de ses rayons.
Il faisait très chaud. Et cela sentait la pauvreté en même temps que la campagne.
— Vous pouvez vous rasseoir ! dit Maigret à Basso. Vous, la vieille, passez donc à côté.
— Et ma soupe ?
— Allez ! Je m’en occuperai.
Elle s’en alla en grognant, referma la porte, parla à voix basse, dans la chambre voisine.
— Il n’y a que ces deux pièces ? questionna alors le commissaire.
— Oui. Derrière, c’est la chambre à coucher.
— Vous y avez dormi tous les trois ?
— Les deux femmes et mon fils. Moi, je couchais ici, sur une botte de paille…
Il y en avait encore des brins entre les carreaux inégaux. Basso était très calme, mais d’un calme qui succédait à plusieurs jours de fièvre. On eût dit que son arrestation l’avait soulagé, et d’ailleurs il se hâta de le proclamer.
— J’allais quand même me rendre !
Il devait s’attendre à la surprise de Maigret, mais il n’en fut rien. Le commissaire ne releva même pas le mot. Il regardait son interlocuteur des pieds à la tête.
— Ce n’est pas un complet de James ?
Un complet gris, trop étroit. Or, Basso avait de larges épaules, un torse aussi puissant que celui de Maigret. Peu de choses peuvent amoindrir l’aspect d’un être dans la force de l’âge comme un vêtement étriqué.
— Puisque vous le savez…
— Je sais beaucoup de choses encore… Mais… vous êtes sûr que cette soupe doive continuer à bouillir ?…
Il se dégageait de la casserole une vapeur insupportable et le couvercle ne cessait de danser. Maigret retira la soupe du feu, fut éclairé un instant par les flammes rougeâtres.
— Vous connaissiez la vieille Mathilde ?
— J’allais vous en parler et vous demander, si c’est possible, qu’elle ne soit pas inquiétée à cause de moi… C’est une ancienne domestique de mes parents… Elle m’a connu tout petit… Quand je suis arrivé chez elle pour m’y cacher, elle n’a pas osé refuser…
— Bien entendu ! Et elle a commis la gaffe d’aller acheter pour vingt-deux francs de jambon…
Basso avait considérablement maigri. Il est vrai qu’il n’était pas rasé de quatre ou cinq jours, ce qui le rendait patibulaire.
— Je suppose aussi, soupira-t-il, que ma femme n’a rien à voir avec la Justice…
Il se leva, gauche, emprunté, comme un homme qui cherche une contenance avant d’aborder un grave sujet.
— J’ai commis la faute de fuir, de rester caché aussi longtemps… Et cela indique déjà que je ne suis pas un criminel… Vous me comprenez ?… J’ai été affolé… J’ai vu toute mon existence brisée à cause de cette stupide affaire… Mon idée a été de gagner l’étranger, d’y faire venir ma femme et mon fils, de recommencer une vie…
— Et vous avez chargé James d’amener votre femme ici, d’aller toucher pour vous trois cent mille francs à la banque et de vous apporter des vêtements…
— Évidemment !
— Seulement, vous avez senti que vous étiez traqué…
— C’est la vieille Mathilde qui m’a dit qu’on se heurtait à des gendarmes à chaque carrefour…
On entendait toujours du bruit à côté. Le gamin devait se remuer. Peut-être Mme Basso écoutait-elle à la porte, car de temps en temps elle faisait : « Chut !… chut !…» parce que son fils l’empêchait d’entendre.
— Ce midi, j’ai envisagé la seule solution possible : me rendre… Mais il est écrit que je me rencontrerai toujours avec la fatalité… Le gendarme est arrivé…
— Vous n’avez pas tué Feinstein ?
Basso regarda Maigret dans les yeux, ardemment.
— Je l’ai tué ! articula-t-il à voix basse. Ce serait de la folie, n’est-ce pas ? de prétendre le contraire. Mais je vous jure, sur la tête de mon fils, que je vais vous dire toute la vérité…
— Un instant…
Et Maigret se leva à son tour. Ils étaient là deux hommes, à peu près de même taille, sous un plafond bas, dans une pièce trop petite pour eux.
— Vous aimiez Mado ?
Une moue pleine de rancœur souleva les lèvres de Basso.
— Vous n’avez pas compris ça, vous, un homme ?… Il y a six ou sept ans que je la connais, peut-être davantage… Jamais je n’avais pensé à elle… Un jour, voilà un an, je ne sais pas au juste ce qui s’est passé… Tenez ! c’était une fête dans le genre de celle à laquelle vous avez assisté… On buvait… On dansait… Il m’est arrivé de l’embrasser… Puis, au fond du jardin…
— Et après ?
Il haussa les épaules avec lassitude.
— Elle a pris cela au sérieux. Elle m’a juré qu’elle m’avait toujours aimé, qu’elle ne pourrait plus se passer de moi ! Je ne suis pas un saint. J’avoue que j’ai commencé ! Mais je ne voulais pas nouer une liaison de cette sorte, ni surtout compromettre mon ménage…
— Il y a un an, donc, que vous voyez Mme Feinstein deux ou trois fois par semaine, à Paris…
— Et qu’elle me téléphone tous les jours, oui ! Je lui ai prêché en vain la prudence ! Elle inventait des ruses ridicules. Je vivais avec la certitude qu’un jour ou l’autre tout serait découvert… Vous ne pouvez pas vous imaginer cela !… Si seulement elle n’avait pas été sincère ! Mais non ! je crois qu’elle m’aimait vraiment…
— Et Feinstein ?
Basso redressa vivement la tête.
— Oui ! grogna-t-il. C’est bien pour cela que je n’imaginais même pas la possibilité d’aller me défendre en Cour d’assises… Il y a des limites aux compromissions… Il y a des limites aussi à la compréhension du public… Me voyez-vous, moi, l’amant de Mado, accusant son mari de…
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