Simenon, Georges - La guinguette à deux sous
- Название:La guinguette à deux sous
- Автор:
- Жанр:
- Издательство:неизвестно
- Год:неизвестен
- ISBN:нет данных
- Рейтинг:
- Избранное:Добавить в избранное
-
Отзывы:
-
Ваша оценка:
Simenon, Georges - La guinguette à deux sous краткое содержание
Une fin d'après-midi radieuse. Un soleil presque sirupeux dans les rues paisibles de la Rive Gauche. Et partout, sur les visages, dans les mille bruits familiers de la rue, de la joie de vivre. Il y a des jours ainsi, où l'existence est moins quotidienne et où les passants, sur les trottoirs, les tramways et les autos semblent jouer leur rôle dans une féerie. C'était le 27 juin. Quand Maigret arriva à la poterne de la Santé, le factionnaire attendri regardait un petit chat blanc qui jouait avec le chien de la crémière. Il doit y avoir des jours aussi où les pavés sont plus sonores. Les pas de Maigret résonnèrent dans la cour immense. Au bout d'un couloir, il interrogea un gardien. - Il a appris ?... - Pas encore. Un tour de clef. Un verrou. Une cellule très haute, très propre, et un homme qui se levait tandis que son visage semblait chercher une expression. - Ça va, Lenoir ? questionna le commissaire.
[http://www.amazon.fr/Guinguette-%C3%A0-deux-sous/dp/2253143111](http://www.amazon.fr/Guinguette-%C3%A0-deux-sous/dp/2253143111)
La guinguette à deux sous - читать онлайн бесплатно полную версию (весь текст целиком)
Интервал:
Закладка:
Le client disait cela avec un bon rire. C’était un homme de trente-cinq ans, bien en chair, les joues pleines et roses, qui donnait l’impression d’un commerçant prospère.
— Si vous en aviez par exemple à bord plat…
— Attendez ! Je crois qu’à l’atelier il y a exactement ce qu’il vous faut. C’est un laissé pour compte…
On apportait à Maigret une nouvelle pile de melons. Le premier qu’il essaya lui allait. Mais il traîna, ne sortit que quelques instants avant l’homme au gibus et arrêta à tout hasard un taxi.
Bien lui en prit. L’autre, en sortant, pénétra dans une auto rangée au bord du trottoir, se mit au volant et se dirigea vers la rue Vieille-du-Temple.
Là, il passa une demi-heure chez un brocanteur et emporta un grand carton plat qui devait contenir l’habit assorti au haut-de-forme.
Puis ce furent les Champs-Élysées, l’avenue de Wagram. Un petit bar, à un coin de rue. Il n’y resta que cinq minutes, en sortit en compagnie d’une femme d’une trentaine d’années, grassouillette et réjouie.
Deux fois Maigret avait regardé l’heure à sa montre. Son premier train était parti. Le second partirait dans un quart d’heure. Il haussa les épaules, dit au chauffeur de taxi :
— Suivez toujours !
Il s’y attendait : l’auto s’arrêta devant un meublé de l’avenue Niel. Le couple se précipita sous la voûte. Maigret attendit un quart d’heure, entra, non sans lire sur une plaque de cuivre : Garçonnières au mois et à la journée.
Dans un bureau qui sentait l’adultère, élégant, il trouva une gérante parfumée.
— Police judiciaire !… Le couple qui vient d’entrer…
— Quel couple ?
Elle ne protesta pas longtemps.
— Des gens très bien, mariés tous les deux, qui viennent deux fois par semaine…
En sortant, le commissaire jeta un coup d’œil sur la plaque d’identité de la voiture, à travers la vitre : Marcel Basso, 32, quai d’Austerlitz, Paris.
Pas un souffle de brise. Un air tiède. Et tous les tramways, tous les autobus se dirigeant vers les gares, bondés. Les taxis chargés de fauteuils transatlantiques, de cannes à pêche, de filets à crevettes et de valises.
L’asphalte bleu à force d’être luisant et des fracas de verres et de soucoupes à toutes les terrasses.
— Au fait ! il y a trois semaines que Lenoir a été…
On n’en avait pas beaucoup parlé. C’était une affaire banale, un assassin en quelque sorte professionnel.
Maigret se souvint de sa moustache frémissante, soupira en regardant sa montre.
Trop tard pour aller rejoindre Mme Maigret qui, le soir, serait à la barrière de la petite gare avec sa sœur et qui ne manquerait pas de murmurer : « Toujours le même ! »
Le chauffeur de taxi lisait un journal. L’homme en haut-de-forme sortit le premier, inspecta la rue dans les deux sens avant de faire signe à sa compagne, restée sous la voûte.
Arrêt place des Ternes. On les voyait s’embrasser à travers la vitre arrière. Et ils se tenaient la main alors que la voiture était déjà embrayée et que la femme avait arrêté un taxi.
— Je continue ? questionna le chauffeur de Maigret.
— Tant qu’on y est !…
Du moins tenait-il quelqu’un qui connaissait la guinguette à deux sous !
Quai d’Austerlitz. Un énorme panneau :
Marcel Basso
Importateur de charbons de toutes provenances
Gros – Demi-gros
On livre par sacs à domicile
Prix d’été
Un chantier entouré d’une palissade noirâtre. En face, de l’autre côté de la rue, un quai de déchargement portant la même raison sociale et des péniches au repos près des tas de charbon déchargé du jour même.
Au milieu des chantiers, une grosse maison, genre villa. M. Basso rangea sa voiture, eut un regard machinal pour s’assurer qu’il n’y avait pas de cheveux de femme sur ses épaules, entra chez lui.
Maigret le vit reparaître dans une chambre du premier étage dont les fenêtres étaient larges ouvertes. Il était avec une femme grande, blonde, jolie. Ils riaient tous les deux. Ils parlaient avec animation. M. Basso essayait son haut-de-forme et se regardait dans la glace.
On entassait des effets dans des valises. Il y avait une bonne en tablier blanc.
Un quart d’heure plus tard – il était cinq heures – la famille descendait. Un gamin de dix ans marchait le premier, portant un fusil à air comprimé. Puis la servante, Mme Basso, son mari, un jardinier avec les valises…
Tout cela regorgeait de bonne humeur. Des autos passaient, se dirigeant vers la campagne. À la Gare de Lyon, les trains dédoublés et triplés sifflaient éperdument.
Mme Basso s’assit près de son mari. Le gosse s’installa derrière, parmi les bagages, et baissa les vitres.
L’auto était sans luxe. Une bonne voiture de série, bleu de roi, presque neuve.
Quelques minutes plus tard on roulait vers Villeneuve-Saint-Georges. Puis c’était la route de Corbeil. On traversait cette ville. Un chemin défoncé, le long de la Seine.
Mon loisir.
C’était le nom de la villa, là-bas, entre Morsang et Seineport, au bord du fleuve. Une villa neuve, avec des briques éclatantes, des peintures fraîches, des fleurs qui semblaient avoir été lavées le matin.
Un plongeoir tout blanc, dans la Seine. Des canots.
— Vous connaissez le coin ? demanda Maigret à son chauffeur.
— Un peu…
— Il y a moyen de coucher quelque part ?
— À Morsang, au Vieux-Garçon… Ou alors plus haut, à Seineport, chez Marius…
— Et la guinguette à deux sous ?
L’autre fit un signe d’ignorance.
Le taxi ne pouvait rester longtemps au bord de la route sans être remarqué. La voiture des Basso était déjà vidée de son contenu. Dix minutes ne s’étaient pas écoulées que Mme Basso se montrait dans le jardin vêtue d’un costume de matelot en toile de Concarneau, un bonnet de marin américain sur la tête.
Son mari devait être plus pressé d’essayer son travestissement, car il apparut à une fenêtre, déjà sanglé dans une redingote invraisemblable, coiffé d’un haut-de-forme.
— Qu’est-ce que tu en dis ?
— Tu n’as pas oublié l’écharpe, au moins ?
— Quelle écharpe ?
— Eh bien ! un maire, ça porte une écharpe tricolore…
Sur le fleuve, des canoës glissaient lentement.
Un remorqueur sifflait, très loin. Le soleil commençait à sombrer dans les arbres de la colline d’aval.
— Allez au Vieux-Garçon ! dit Maigret.
Il aperçut une grande terrasse, au bord de la Seine, des embarcations de toutes sortes, une dizaine de voitures rangées derrière le bâtiment.
— Je vous attends ?
— Je ne sais pas encore.
La première personne qu’il rencontra fut une femme tout en blanc qui courait et qui faillit lui tomber dans les bras. Elle portait des fleurs d’oranger sur la tête. Un jeune homme en costume de bain la poursuivait. Tous deux riaient.
D’autres assistaient à la scène, du perron de l’auberge.
— N’abîme pas la mariée !… criait quelqu’un.
— Attends au moins la noce !
La mariée s’arrêtait, essoufflée, et Maigret reconnaissait la dame de l’avenue Niel, celle qui, deux fois par semaine, pénétrait avec M. Basso dans la maison meublée.
Dans un bachot peint en vert, un homme rangeait des engins de pêche, le front plissé, comme s’il se fût livré à un travail délicat et pénible.
— Cinq pernods, cinq !
Un jeune homme sortait de l’auberge, du blanc gras et des fards sur le visage. Il s’était fait la tête d’un paysan boutonneux et hilare.
— Est-ce réussi ?
— Tu aurais dû avoir les cheveux roux !
Une auto arrivait. Des gens en descendaient, qui étaient déjà habillés pour la noce villageoise. Une femme portait une robe en soie puce qui traînait par terre. Son mari avait mis la chaîne d’un bachot en guise de chaîne de montre sur son abdomen arrondi par un coussin glissé sous le gilet.
Les rayons du soleil devenaient rouges. C’est à peine si le feuillage des arbres frémissait. Un canoë coulait au fil de l’eau et son passager, demi-nu, couché à l’arrière, se contentait de le diriger d’une pagaie nonchalante.
— À quelle heure viennent les chars à bancs ?
Maigret ne savait pas trop où se mettre.
— Les Basso sont arrivés ?
— Ils nous ont doublés sur la route !
Soudain quelqu’un vint se camper devant Maigret, un homme d’une trentaine d’années, déjà presque chauve, au visage de clown. Une flamme malicieuse pétillait dans ses yeux. Et il lança avec un accent anglais prononcé :
— Voilà un copain pour faire le notaire !
Il n’était pas tout à fait ivre. Il n’était pas tout à fait sain non plus. Les rayons du soleil couchant empourpraient son visage, dont les prunelles étaient plus bleues que la rivière.
— Tu fais le notaire, pas vrai ? reprit-il avec une familiarité d’ivrogne. Mais si, mon vieux, on rigolera !
Et il ajouta, en prenant Maigret sous le bras :
— Viens boire un pernod.
Tout le monde riait. Une femme fit à mi-voix :
— Il va fort, James !
Mais l’autre, imperturbable, entraînait Maigret vers le Vieux-Garçon, commandait :
— Deux grands per !…
Et il rit lui-même de cette boutade hebdomadaire, pendant qu’on leur servait deux verres pleins jusqu’au bord.
II
Le mari de la dame
Quand on arriva en face de la guinguette à deux sous, Maigret n’avait pas encore son « tour de clé », comme il disait volontiers. Il avait suivi M. Basso sans trop de confiance. Au Vieux-Garçon, il avait regardé d’un œil morne les gens qui s’agitaient. Mais il n’avait pas ressenti ce petit pincement, ce décalage, ce tour de clé enfin, qui le plongeait dans l’atmosphère d’une affaire.
Tandis que James le forçait à trinquer avec lui, il avait vu des clients aller et venir, essayer des vêtements saugrenus, s’aider les uns les autres, pouffer, crier. Les Basso étaient arrivés et leur fils, à qui l’on avait fait une tête de petit idiot de campagne, aux cheveux couleur carotte, avait soulevé l’enthousiasme.
— Laisse-les faire ! disait James chaque fois que Maigret se tournait vers la bande. Ils rigolent et ils ne sont même pas soûls…
Deux chars à bancs s’étaient arrêtés. Encore des cris. Encore des rires et des bousculades. Maigret y avait pris place, près de James, tandis que les patrons du Vieux-Garçon et tout le personnel étaient rangés sur la terrasse pour assister au départ.
Au soleil avait succédé un crépuscule bleuté. On voyait, de l’autre côté de la Seine, de quiètes villas dont les fenêtres éclairées scintillaient dans la pénombre.
Les chars à bancs roulaient cahin-caha. Le regard du commissaire cueillait en quelque sorte des images autour de lui : le cocher qu’on taquinait et qui riait avec l’air de vouloir mordre ; une jeune fille qui avait réussi à se maquiller en Bécassine et qui s’efforçait de prendre un accent paysan ; un monsieur à cheveux gris qui portait une robe de grand-mère…
C’était confus, trop mouvant, trop inattendu aussi. C’est à peine si Maigret pouvait deviner à quel monde chacun appartenait. Il y avait toute une mise au point nécessaire.
— Celle-là, là-bas, c’est ma femme… annonça James en désignant la plus grassouillette des femmes, qui portait des manches à gigot.
Et il disait cela d’une voix morne, avec une petite flamme dans les yeux.
Читать дальшеИнтервал:
Закладка: