Simenon, Georges - La guinguette à deux sous
- Название:La guinguette à deux sous
- Автор:
- Жанр:
- Издательство:неизвестно
- Год:неизвестен
- ISBN:нет данных
- Рейтинг:
- Избранное:Добавить в избранное
-
Отзывы:
-
Ваша оценка:
Simenon, Georges - La guinguette à deux sous краткое содержание
Une fin d'après-midi radieuse. Un soleil presque sirupeux dans les rues paisibles de la Rive Gauche. Et partout, sur les visages, dans les mille bruits familiers de la rue, de la joie de vivre. Il y a des jours ainsi, où l'existence est moins quotidienne et où les passants, sur les trottoirs, les tramways et les autos semblent jouer leur rôle dans une féerie. C'était le 27 juin. Quand Maigret arriva à la poterne de la Santé, le factionnaire attendri regardait un petit chat blanc qui jouait avec le chien de la crémière. Il doit y avoir des jours aussi où les pavés sont plus sonores. Les pas de Maigret résonnèrent dans la cour immense. Au bout d'un couloir, il interrogea un gardien. - Il a appris ?... - Pas encore. Un tour de clef. Un verrou. Une cellule très haute, très propre, et un homme qui se levait tandis que son visage semblait chercher une expression. - Ça va, Lenoir ? questionna le commissaire.
[http://www.amazon.fr/Guinguette-%C3%A0-deux-sous/dp/2253143111](http://www.amazon.fr/Guinguette-%C3%A0-deux-sous/dp/2253143111)
La guinguette à deux sous - читать онлайн бесплатно полную версию (весь текст целиком)
Интервал:
Закладка:
— N’importe laquelle !… Du moment que t’en trouves une vide… Sinon, tu n’as qu’à venir chez moi.
Quelques fenêtres s’allumèrent. Des souliers tombèrent sur le plancher. Des bruits de sommier.
Un couple qui chuchotait éperdument, dans une des chambres. Peut-être la femme qui avait quelque chose à dire à son mari ?
Maintenant, ils avaient tous leur vrai visage. Il était onze heures du matin. La journée était chaude, ensoleillée. Les serveuses en noir et blanc allaient d’une table à l’autre, sur la terrasse, pour dresser les couverts.
Et les gens se groupaient, quelques-uns encore en pyjama, d’autres en costume de matelot, d’autres encore en pantalon de flanelle.
— Gueule de bois ?
— Pas trop… Et toi ?…
Certains étaient déjà partis à la pêche, ou en revenaient. Il y avait aussi de petits voiliers, des canoës.
Le chemisier portait un complet gris bien coupé et l’on sentait le monsieur soigné, qui déteste se montrer en toilette négligée. Il aperçut Maigret, s’en approcha.
— Vous permettez que je me présente : M. Feinstein… Hier, je vous ai parlé de ma chemiserie… Comme chemisier, je m’appelle Marcel…
— Vous avez bien dormi ?
— Pas du tout ! Comme je m’y attendais, ma femme a été malade… C’est chaque fois la même chose… Elle sait très bien qu’elle n’a pas le cœur solide…
Pourquoi son regard semblait-il guetter les impressions de Maigret ?
— Vous ne l’avez pas vue, ce matin ?
Et il cherchait sa femme alentour. Il l’aperçut sur un bateau à voiles où ils étaient quatre ou cinq en costume de bain, et que pilotait M. Basso.
— Vous n’étiez jamais venu à Morsang ?… C’est très agréable ! Vous verrez que vous reviendrez… On est entre soi… Rien que des habitués, des amis… Vous aimez le bridge ?…
— Heu !…
— On en fera un tout à l’heure… Vous connaissez M. Basso ?… Un des plus gros marchands de charbon de Paris… Un charmant garçon !… C’est son voilier qui arrive… Mme Basso est enragée de sport.
— Et James ?…
— Il est déjà à boire, je parie ? Il vit entre deux cuites… Tout jeune pourtant !… Il pourrait faire quelque chose… Il préfère se laisser vivre tranquillement… Il est employé dans une banque anglaise, place Vendôme… On lui a offert des tas de situations et il les a toutes refusées… Il tient à avoir fini sa journée à quatre heures et, dès ce moment, vous pourrez le voir dans les brasseries de la rue Royale…
— Ce grand jeune homme ?…
— Le fils d’un bijoutier…
— Et ce monsieur qui pêche, là-bas ?
— Un entrepreneur de plomberie… Le plus enragé pêcheur de Morsang… Il y en a qui bridgent… D’autres font du bateau… D’autres pèchent… Cela constitue une petite population charmante… Quelques-uns ont leur villa.
On apercevait la toute petite maison blanche, au premier tournant du fleuve, et l’on devinait le hangar au piano mécanique.
— Tout le monde fréquente la guinguette à deux sous ?
— Depuis deux ans… C’est James qui l’a en quelque sorte découverte… Auparavant, il n’y avait là-bas que quelques ouvriers de Corbeil qui venaient danser le dimanche… James a pris l’habitude, quand les autres étaient trop bruyants, d’aller y boire tout seul… Un jour la bande l’a rejoint… On a dansé… Et l’habitude a été prise… Au point que les anciens clients, dépaysés, ont peu à peu abandonné la guinguette.
Une serveuse passait avec un plateau chargé d’apéritifs. Quelqu’un plongeait dans la rivière. Une odeur de friture s’échappait de la cuisine.
Et la cheminée fumait là-bas, à la guinguette. Un visage s’imposait à Maigret : des moustaches fines et brunes, des dents pointues, des narines qui frémissaient…
Jean Lenoir, marchant sans fin pour cacher son trouble, parlant, évoquant lui aussi la guinguette à deux sous.
— Si seulement on y allait en même temps que tous ceux qui le méritent…
Pas à la guinguette ! Ailleurs, où il était allé tout seul, le lendemain matin, avant le réveil de Paris !
Et, sans savoir pourquoi, dans cette chaleur, Maigret eut froid, l’espace de quelques secondes. Il regarda avec d’autres yeux le chemisier tiré à quatre épingles, qui fumait une cigarette à bout doré. Puis il vit le bateau des Basso qui accostait, les gens demi-nus qui sautaient à terre, serraient la main des autres.
— Vous permettez que je vous présente à nos amis ? dit M. Feinstein. Monsieur ?…
— Maigret, fonctionnaire…
Cela se fit correctement, avec des inclinations du buste, des « enchanté », des « tout le plaisir est pour moi »…
— Vous étiez avec nous hier au soir, n’est-ce pas ?… Une petite plaisanterie assez réussie… Vous faites le bridge, cet après-midi ?
Un jeune homme maigre s’était approché de M. Feinstein, l’entraînait à l’écart, lui disait quelques mots à voix basse. Ce manège n’avait pas échappé à Maigret qui vit le chemisier se renfrogner, manifester un sentiment qui ressemblait à de la peur, l’observer des pieds à la tête et reprendre enfin son attitude normale.
Le groupe se rapprochait de la terrasse, cherchait une table.
— Un petit pernod général ?… Tiens !… où est James ?…
M. Feinstein était nerveux, en dépit de l’effort qu’il faisait sur lui-même. Il ne s’occupait que de Maigret.
— Qu’est-ce que vous prenez ?
— Cela m’est tout à fait égal…
— Vous…
Il n’acheva pas la phrase commencée et feignit de regarder ailleurs. Un peu plus tard, il murmura néanmoins :
— C’est drôle que le hasard vous ait conduit à Morsang…
— Oui, c’est bizarre… approuva le commissaire.
On servait à boire. Plusieurs personnes parlaient à la fois. Le pied de Mme Feinstein était posé sur celui de M. Basso et elle le fixait de ses yeux brillants.
— Une belle journée !… Dommage que les eaux soient trop claires pour la pêche…
L’air était écœurant à force d’être calme, et Maigret se souvint d’un rayon de soleil pénétrant, très haut, dans une cellule blanche.
Lenoir qui marchait, marchait, marchait comme pour oublier qu’il ne marcherait plus longtemps.
Et le regard de Maigret se posait tour à tour, lourdement, sur chaque visage, sur celui de M. Basso, sur celui du chemisier, de l’entrepreneur, de James qui arrivait, des jeunes gens et des femmes…
Il essayait d’imaginer tour à tour chacun de ces êtres, la nuit, le long du canal Saint-Martin, poussant un cadavre « comme un mannequin qu’on voudrait faire marcher »…
— À votre santé ! lui dit M. Feinstein avec un long sourire.
III
Les deux canots
Maigret avait déjeuné tout seul, à la terrasse du Vieux-Garçon. Mais, autour de lui, les tables étaient occupées par les habitués et la conversation était générale.
Il était fixé, maintenant, sur le milieu social auquel appartenaient ses voisins : des commerçants, de petits industriels, un ingénieur, deux médecins. Des gens ayant leur voiture, mais ne disposant que du dimanche pour s’ébattre à la campagne.
Tous avaient un canot, soit à moteur, soit à voiles. Tous étaient pêcheurs plus ou moins passionnés.
Ils vivaient là vingt-quatre heures par semaine, en costume de toile à voile, pieds nus, ou chaussés de sabots, et quelques-uns affectaient la démarche chaloupée de vieux loups de mer.
Davantage de couples que de jeunes gens. Et, entre les groupes, une familiarité assez poussée de gens qui, depuis des années, ont l’habitude de se retrouver chaque dimanche.
James était le personnage populaire, le trait d’union entre tous, et il n’avait qu’à paraître, flegmatique, le teint brique, les yeux vagues, pour engendrer la bonne humeur.
— Gueule de bois, James ?
— D’abord, je n’ai jamais de gueule de bois ! Quand je sens que l’estomac est barbouillé, je bois aussitôt quelques pernods…
On évoqua surtout des souvenirs de la nuit. On riait de quelqu’un qui avait été malade, d’un autre qui avait failli tomber dans la Seine en rentrant.
Maigret faisait partie du groupe sans en faire partie. Il était là, près de ses compagnons de la veille. Au cours de la beuverie, on l’avait tutoyé. Maintenant, on l’observait parfois à la dérobée. Ou bien on lui adressait une phrase ou deux, par politesse.
— Vous êtes pêcheur aussi ?
Les Basso déjeunaient chez eux. Les Feinstein aussi, et d’autres qui avaient leur villa. Ce qui créait déjà deux classes dans le groupe : les gens à villa et les clients de l’auberge.
Vers deux heures, ce fut le chemisier qui vint chercher Maigret, comme s’il le prenait sous sa protection personnelle.
— On vous attend pour le bridge.
— Chez vous ?
— Chez Basso ! Ce dimanche-ci, on devait jouer chez moi, mais la bonne est malade et on sera mieux chez Basso… Tu viens, James ?
— Je monterai à la voile.
La villa des Basso était un kilomètre plus haut. Maigret et Feinstein y allèrent à pied, tandis que la plupart des invités s’y rendaient soit en youyou, soit en canoë, soit en voilier.
— Un charmant garçon, ce Basso, n’est-ce pas ?
Maigret ne put savoir si son interlocuteur persiflait ou s’il parlait sérieusement.
Un drôle de bonhomme, vraiment, ni figue ni raisin, ni jeune ni vieux, ni beau ni laid, qui était peut-être vide de pensées, mais peut-être aussi bourré de secrets.
— Je suppose que dorénavant vous serez des nôtres tous les dimanches ?
On rencontrait des groupes de gens qui pique-niquaient, ainsi que des pêcheurs à la ligne plantés de cent en cent mètres sur la berge. La chaleur allait croissant. L’air était d’un calme extraordinaire, presque inquiétant.
Dans le jardin des Basso, des guêpes bourdonnaient autour des fleurs. Il y avait déjà trois automobiles. Le gamin s’ébattait au bord de l’eau.
— Vous jouez au bridge ? demanda le marchand de charbon en tendant à Maigret une main cordiale. Parfait !… Dans ce cas, ce n’est pas nécessaire d’attendre James, qui n’arrivera jamais à remonter à la voile.
Tout était neuf, pimpant. Un cottage construit comme un jouet. Une décoration fantaisiste, avec profusion de rideaux à petits carreaux rouges, de vieux meubles normands, de poteries campagnardes.
La table de jeu était dressée dans une pièce de plain-pied qui communiquait avec le jardin par une grande baie vitrée. Des bouteilles de vouvray trempaient dans un seau à champagne tout embué. Un plateau était chargé de liqueurs. Et Mme Basso, en tenue de marin, faisait les honneurs.
— Fine, quetsche, mirabelle ?… À moins que vous ne préfériez le vouvray ?…
De vagues présentations aux autres joueurs, qui n’appartenaient pas tous à la bande de la nuit précédente, mais qui étaient des amis du dimanche.
— Monsieur… hum !…
— Maigret !
— M. Maigret, qui joue au bridge…
C’était presque un décor d’opérette, tant les couleurs étaient vives, pimpantes. Rien qui fît penser que la vie est une chose sérieuse. Le gamin était monté dans une périssoire peinte en blanc et sa mère lui criait :
— Attention, Pierrot !
— Je vais à la rencontre de James !
— Un cigare, monsieur Maigret ?… Si vous aimez mieux la pipe, il y a du tabac dans ce pot… Ne craignez rien ! ma femme est habituée…
Juste en face, on voyait, sur l’autre rive, la petite maison de la guinguette à deux sous.
Читать дальшеИнтервал:
Закладка: