Simenon, Georges - Maigret chez les Flamands
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Simenon, Georges - Maigret chez les Flamands краткое содержание
Quand Maigret descendit du train, en gare de Givet, la première personne qu'il vit, juste en face de son compartiment, fut Anna Peeters. à croire qu'elle avait prévu qu'il s'arrêterait à cet endroit du quai exactement !
Elle n'en paraissait pas étonnée, ni fière. Elle était telle qu'il l'avait vue à Paris, telle qu'elle devait être toujours, vêtue d'un tailleur gris fer, les pieds chaussés de noir, chapeautée de telle sorte qu'il était impossible de se souvenir ensuite de la forme ou même de la couleur de son chapeau.
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— Vous tenez vraiment à ce que je joue ?
— J’y tiens… Assieds-toi ici, Machère…
Joseph était debout, le coude droit sur la cheminée, le regard fixé sur la fenêtre glauque.
L’hiver peut s’enfuir,
Le printemps bien-aimé
Peut s’écouler…
Les feuilles d’automne
Et les fruits de l’été
Tout peut passer…
La voix manquait de fermeté. Marguerite faisait un effort pour aller jusqu’au bout. Deux fois elle rata ses accords.
Mais tu me reviendras,
Ô mon beau fiancé,
Pour ne plus me quitter…
Anna n’était plus là. Elle n’était pas dans la cuisine, où l’on entendait Mme Peeters aller et venir en faisant aussi peu de bruit que possible, par respect pour la musique.
… Je t’ai donné mon cœur…
Marguerite ne pouvait pas voir la silhouette lugubre de Joseph, qui avait laissé éteindre sa cigarette.
Maintenant que la nuit tombait, le feu de boulets mettait des reflets pourpres sur tous les objets, surtout sur les pieds vernis de la table.
Au grand étonnement de Machère, qui n’osa pas bouger, Maigret sortit d’un mouvement si insensible que cela passa inaperçu. Il monta l’escalier sans faire craquer une seule marche, se trouva devant deux portes closes.
Le palier était déjà dans une obscurité quasi complète. Seuls les boutons des portes faisaient deux taches laiteuses, car ils étaient en porcelaine.
Enfin le commissaire mit sa pipe tout allumée dans sa poche, tourna un des boutons, entra et referma l’huis derrière lui.
Anna était là. À cause des rideaux, la pièce était plus sombre que la salle à manger. C’était comme une poussière grise, plus opaque par places, entre autres dans les angles, qui flottait dans l’air.
Anna ne bougeait pas. Est-ce qu’elle n’avait rien entendu ?
Elle était devant la fenêtre, à contre-jour, le visage tourné vers le paysage crépusculaire de la Meuse. Sur l’autre rive, on avait allumé des lampes qui dardaient des rayons aigus dans le clair-obscur.
De dos, on aurait pu croire qu’Anna pleurait. Elle était grande. Elle paraissait plus vigoureuse, plus « statue » que jamais.
Et sa robe grise se fondait littéralement dans l’ambiance.
Une lame du plancher, une seule, gémit au moment où Maigret n’était plus qu’à un pas de la jeune fille, mais cela ne la fit pas tressaillir.
Alors il lui posa la main sur l’épaule, avec une douceur surprenante, en même temps qu’il soupirait, comme un homme qui peut s’abandonner enfin aux confidences :
— Et voilà !
Elle se tourna vers lui, tout d’une pièce. Elle était calme. Pas une ride ne venait rompre la sévère harmonie de ses traits.
Rien que le cou qui se gonflait un peu, lentement, sous une mystérieuse pression intérieure.
Les notes du piano arrivaient avec netteté et l’on distinguait toutes les syllabes de la Chanson de Solveig.
Que Dieu veuille encore
Dans sa grande bonté
Te protéger…
Et deux yeux clairs cherchaient les yeux de Maigret tandis que les lèvres, qui avaient failli se soulever dans un sanglot, devenaient de la même rigidité qu’Anna tout entière.
X
La « Chanson de Solveig »
— Qu’est-ce que vous faites ici ?
Chose étrange, le ton n’était pas agressif. Anna regardait Maigret avec ennui, peut-être avec effroi, mais pas avec haine.
— Vous avez entendu ce que j’ai dit tout à l’heure. Je pars ce soir. Nous venons personnellement de vivre quelques jours dans une intimité assez étroite…
Et il regardait autour de lui le lit des deux jeunes filles, la peau d’ours blanc qui leur servait de carpette, le papier de tenture à petites fleurs roses, l’armoire à glace qui ne reflétait déjà plus que les ombres de la nuit.
— Je n’ai pas voulu partir sans avoir un dernier entretien avec vous…
Le rectangle de la fenêtre formait comme un écran sur lequel la silhouette d’Anne se découpait, plus indécise, à mesure que les minutes s’écoulaient. Et Maigret s’avisa d’un détail qu’il n’avait pas encore remarqué. Une heure plus tôt il n’aurait pu dire comme elle était coiffée. Il le savait maintenant. Ses cheveux longs, tressés serré, s’appuyaient sur la nuque en une lourde torsade.
— Anna !… cria la voix de Mme Peeters dans le corridor du rez-de-chaussée.
Le piano s’était tu. On s’était avisé de la disparition des deux personnages.
— Oui !… Je suis ici…
— Tu as vu le commissaire ?
— Oui !… Nous descendons…
Pour répondre, elle avait marché jusqu’à la porte. Elle revint vers son compagnon, très grave, le regard d’une fixité dramatique.
— Qu’est-ce que vous avez à me dire ?
— Vous le savez bien !
Elle ne détourna pas la tête. Elle continua à le considérer ardemment, les mains jointes sur le ventre dans une pose qui était déjà une pose de vieille.
— Qu’est-ce que vous allez faire ?
— Je vous l’ai dit : rentrer à Paris…
Alors, quand même, la voix se voila.
— Et moi ?
C’était la première fois qu’on décelait une émotion en elle. Elle s’en apercevait elle-même. Et, sans doute pour s’aider à surmonter son trouble, elle marcha vers le commutateur électrique qu’elle tourna.
La lampe avait un abat-jour de soie jaune et n’éclairait qu’un cercle de deux mètres de diamètre sur le plancher.
— Il faut que je vous pose d’abord une question ! dit Maigret. Qui a fourni l’argent ? Il fallait aller vite, n’est-ce pas ? Réunir les fonds en quelques minutes. La banque était fermée. Vous ne devez pas garder de grosses sommes dans la maison. Vous n’avez pas le téléphone…
C’était lent. Le silence, autour d’eux, était d’une intensité rare.
Et Maigret continuait à respirer cette atmosphère quiète de petite bourgeoisie. On devinait un murmure de voix, en bas, le docteur Van de Weert tendant ses courtes jambes vers le poêle, Joseph et Marguerite se regardant sans mot dire, Machère qui devait s’impatienter et Mme Peeters prenant quelque travail de couture ou encore emplissant les verres de genièvre.
Mais toujours le commissaire retrouvait les prunelles claires d’Anna qui finit par articuler :
— C’est Marguerite…
— Elle avait l’argent chez elle ?
— De l’argent et des titres. Elle gère elle-même la part de fortune qui lui revient de sa mère.
Et Anna répéta :
— Qu’est-ce que vous allez faire ?
Au moment où elle disait cela, ses yeux s’humectèrent, mais ce fut si bref que Maigret put croire qu’il se trompait.
— Et vous ?
Le fait que cette question revenait sans cesse prouvait qu’ils avaient peur, l’un comme l’autre, d’aborder le sujet principal.
— Comment avez-vous attiré Germaine Piedbœuf dans votre chambre ?… Attendez ! ne répondez pas tout de suite… Elle est venue d’elle-même ce soir-là, pour demander des nouvelles de Joseph et réclamer la pension de l’enfant… Votre mère l’a reçue… Vous êtes entrée aussi dans la boutique… Est-ce que vous saviez que vous alliez tuer ?
— Oui !
Plus d’émotion, de panique. Une voix nette.
— Depuis quand ?
— À peu près un mois.
Et Maigret s’assit au bord du lit, du lit des deux jeunes filles, d’Anna et de Maria, se passa la main sur le front en regardant le papier de tenture qui servait de toile de fond à son adversaire.
On eût dit maintenant qu’elle était fière de son geste. Elle en revendiquait toute la responsabilité. Elle proclamait la préméditation.
— Vous aimez tant votre frère que cela ?
Il le savait. Et ce n’était pas seulement le cas d’Anna. Cela tenait-il à ce que le vieux Peeters avait depuis longtemps cessé de compter pour son entourage ? Les trois femmes, en tout cas, sa mère et ses deux sœurs, avaient pour le jeune homme une même adoration qui, chez Anna, évoquait presque des idées équivoques.
Il n’était pas beau. Il était maigre. Ses traits étaient irréguliers. Sa longue silhouette, son grand nez, ses yeux aux prunelles fatiguées respiraient l’ennui.
Il n’en était pas moins un dieu ! Et c’était comme un dieu aussi que Marguerite l’aimait !
Cela ressemblait à une suggestion collective et l’on évoquait les deux sœurs, la mère et la cousine passant des après-midi à parler de lui…
— Je n’ai pas voulu qu’il se tue !
Du coup, Maigret faillit se fâcher. Il se leva d’une détente, arpenta la chambre de long en large.
— Il a dit ça ?
— S’il avait dû épouser Germaine, il se serait tué le soir de ses noces…
Il ne rit pas, mais il eut un terrible haussement d’épaules. Il se souvenait des confidences de Joseph, l’autre soir ! Joseph qui ne savait même plus qui il aimait ! Joseph qui avait presque aussi peur de Marguerite que de Germaine Piedbœuf !
Seulement, pour flatter ses sœurs, pour garder leur admiration, il s’était donné des allures romantiques.
— Sa vie était brisée…
Parbleu ! Tout cela cadrait très bien avec la Chanson de Solveig !
Mais tu me reviendras…
Ô mon beau fiancé…
Et ils avaient tous coupé là-dedans ! Ils s’étaient dopés à force de musique, de poésies et de confidences.
Il était joli, pourtant, le fiancé, avec ses vestons mal coupés et ses yeux de myope !
— Vous aviez parlé de ce projet à quelqu’un ?
— À personne !
— Pas même à lui ?
— Surtout pas à lui !
— Et vous aviez le marteau dans votre chambre depuis un mois ? Attendez ! Je commence à comprendre !
Il commençait aussi à respirer violemment, car il se laissait prendre par ce qu’il y avait à la fois de tragique et de mesquin dans ce drame.
C’est à peine s’il osait encore regarder Anna, qui ne bougeait pas.
— Il ne fallait pas que vous soyez prise, n’est-ce pas ? Car alors Joseph n’aurait pas osé épouser Marguerite ! Vous avez pensé à toutes les armes possibles ! Le revolver fait trop de bruit ! Germaine ne mangeant jamais ici, vous ne pouviez vous servir du poison… Si vos mains avaient été assez fortes, vous l’auriez sans doute étranglée…
— J’y ai pensé.
— Taisez-vous, nom de Dieu !… Vous êtes allée chercher le marteau dans quelque chantier, car vous n’êtes pas bête assez pour avoir pris un outil appartenant à la maison…
« Sous quel prétexte avez-vous décidé Germaine à vous suivre ?
Et elle récita avec indifférence :
— Elle avait pleuré dans le magasin… C’était une femme qui pleurait toujours… Ma mère lui avait donné cinquante francs sur sa mensualité… Je suis sortie avec elle… Je lui ai promis de lui donner le reste…
— Et vous avez contourné la maison toutes les deux, dans la nuit… Vous êtes rentrées par la porte de derrière et vous êtes montées au premier…
Il regarda la porte, gronda d’une voix qu’il voulait ferme :
— Vous avez ouvert la porte… Vous avez fait passer votre compagne devant vous… Le marteau était prêt…
— Non !
— Quoi, non ?
— Je n’ai pas frappé tout de suite… Peut-être même que je n’aurais pas eu le courage de frapper… Je ne sais pas… Seulement, cette fille a dit en regardant le lit :
« — C’est ici que mon frère vient vous retrouver ?… Vous avez de la chance : vous savez éviter les enfants, vous !…
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