Simenon, Georges - Maigret
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Simenon, Georges - Maigret краткое содержание
Avant d'ouvrir les yeux, Maigret fronça les sourcils, comme s'il se fût méfié de cette voix qui venait lui crier tout au fond de son sommeil : Mon oncle !?
Les paupières toujours closes, il soupira, tâtonna le drap de lit et comprit qu'il ne rêvait pas, qu'il se passait quelque chose puisque sa main n'avait pas rencontré, là où il eût dû être, le corps chaud de Mme Maigret. Il ouvrit enfin les yeux. La nuit était claire. Mme Maigret, debout près de la fenêtre à petits carreaux, écartait le rideau cependant qu'en bas quelqu'un secouait la porte et que le bruit se répercutait dans toute la maison. Mon oncle ! C'est moi ?
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Parmi les garçons, il y en avait au moins deux que Maigret avait convoqués jadis à son bureau pour des affaires du même genre que la mort de Pepito.
Il avait commandé une fine à l’eau. Il observait vaguement la salle et d’instinct, comme sur le papier, son regard mettait les croix à leur place. Des clients qui avaient lu les journaux s’informaient, et les garçons les renseignaient, montraient l’endroit, après la cinquième table, où l’on avait trouvé le cadavre.
— Vous ne voulez pas que nous prenions une bouteille de champagne ?
— Non, mon petit.
La femme faillit deviner, fut tout au moins intriguée, tandis que Maigret suivait des yeux le nouveau patron, un jeune homme aux cheveux blonds qu’il avait connu gérant d’un dancing de Montparnasse.
— Vous me reconduirez chez moi ?
— Mais oui ! Tout à l’heure.
En attendant, il se rendit aux lavabos, devina la place où Philippe s’était caché. Au fond de la salle, il entrevit le bureau, dont la porte était à demi ouverte. Mais c’était sans intérêt. Le décor, il le connaissait avant de remettre les pieds rue Fontaine. Les acteurs aussi. Il pouvait, en faisant le tour de la salle, désigner chaque personne en disant :
« À cette table, ce sont des jeunes mariés du Midi qui font la bombe. Ce bonhomme déjà ivre est un Allemand qui finira la nuit sans son portefeuille. Plus loin, le danseur mondain a un casier judiciaire et des sachets de cocaïne dans ses poches. Il est de mèche avec le maître d’hôtel, qui a fait trois ans de prison. La brune grassouillette a passé dix ans au Maxim’s et finit sa carrière à Montmartre… »
Il revint au bar.
— Je peux prendre un autre cocktail ? demanda la femme à qui il avait déjà offert une consommation.
— Comment t’appelle-t-on ?
— Fernande.
— Qu’est-ce que tu as fait, hier au soir ?
— J’étais avec trois jeunes gens, des garçons de bonne famille qui voulaient prendre de l’éther. Ils m’ont emmenée dans un hôtel de la rue Notre-Dame-de-Lorette…
Maigret ne sourit pas, mais il eût pu continuer le récit.
— On était d’abord entrés chacun à son tour à la pharmacie de la rue Montmartre, et chacun avait acheté un petit flacon d’éther. Je ne savais pas au juste comment ça allait se passer. On s’est déshabillés. Mais ils ne m’ont même pas regardée. On s’est couchés tous les quatre sur le lit. Quand ils ont eu respiré l’éther, il y en a un qui s’est levé en disant avec une drôle de voix :
« — Oh ! mais il y a des anges sur l’armoire… Comme ils sont gentils !… Je vais les attraper…
« Il a voulu se lever et il est tombé sur la carpette. Moi, l’odeur me faisait tourner le cœur. Je leur ai demandé si c’était tout ce qu’ils me voulaient et je me suis rhabillée. Il a quand même fallu que je rigole. Entre deux têtes, sur l’oreiller, il y avait une punaise. Et j’entends encore la voix d’un des types qui disait comme en rêve :
« — J’ai une punaise devant mon nez !
« — Moi aussi ! soupira l’autre.
« Et ils ne bougeaient pas. Ils louchaient tous les deux.
Elle avala son cocktail d’un trait, décréta :
— Des piqués !
Elle commençait pourtant à s’inquiéter.
— Tu me gardes pour la nuit, dis ?
— Mais oui ! Mais oui ! répliqua Maigret.
Un rideau séparait le bar de l’entrée où se trouvait le vestiaire. De sa place, Maigret pouvait voir, par la fente du rideau. Soudain il descendit de son tabouret et fit quelques pas. Un homme venait d’arriver, qui avait murmuré à l’adresse de la préposée au vestiaire :
— Rien de nouveau ?
— Bonjour, monsieur Cageot !
C’était Maigret qui parlait, les mains dans les poches de son veston, la pipe à la bouche. Son interlocuteur, qui lui tournait le dos, fit lentement demi-tour, le regarda des pieds à la tête, grommela :
— Vous êtes là, vous !
Ils avaient derrière eux un rideau rouge et de la musique, devant la porte ouverte sur la rue froide où déambulait le portier. Le nommé Cageot hésitait à retirer son pardessus.
Fernande, qui n’était pas rassurée, montra le bout du nez, mais se retira aussitôt.
— Vous prenez une bouteille ?
Cageot avait enfin pris une décision et remettait son manteau au vestiaire, tout en observant Maigret.
— Si vous voulez, accepta celui-ci.
Le maître d’hôtel se précipita pour les conduire à une table libre. Sans regarder la carte des vins, le nouveau venu grogna :
— Mumm 26 !
Il n’était pas en tenue de soirée mais portait un complet gris sombre aussi mal coupé que celui de Maigret. Il n’était même pas rasé de frais et ses joues étaient envahies d’une barbe grisâtre.
— Je vous croyais à la retraite ?
— Moi aussi !
Cela ne voulait rien dire en apparence, et pourtant Cageot fronça les sourcils, fit un geste pour appeler la jeune fille chargée des cigares et des cigarettes. Au bar, Fernande ouvrait de grands yeux. Quant au jeune Albert, qui jouait le rôle de patron de la boîte, il se demandait s’il devait ou non s’avancer.
— Un cigare ?
— Merci, dit Maigret en débourrant sa pipe.
— Vous êtes à Paris pour longtemps ?
— Jusqu’à ce que l’assassin de Pepito soit en prison.
Ils n’élevaient pas la voix. À côté d’eux, des gens en smoking s’amusaient à se lancer des balles de coton et des serpentins. Le saxophoniste promenait gravement son instrument entre les tables.
— Ils vous ont rappelé pour cette affaire-là ?
Germain Cageot avait un long visage terne, des sourcils broussailleux d’un gris de moisissure. C’était le dernier homme qu’on se fût attendu à rencontrer dans un endroit où l’on s’amuse. Il parlait lentement, froidement, épiait l’effet de chaque mot.
— Je suis venu sans être appelé.
— Vous travaillez pour votre compte ?
— Vous l’avez dit.
Cela n’avait l’air de rien. Fernande elle-même devait penser que c’était par le plus grand des hasards que son compagnon connaissait Cageot.
— Depuis quand avez-vous acheté la boîte ?
— Le Floria ? Vous faites erreur. C’est à Albert.
— Comme c’était à Pepito.
Cageot ne nia pas, se contenta d’un sourire sans gaieté et arrêta le geste du garçon qui voulait lui servir du champagne.
— Et à part ça ? questionna-t-il du ton de quelqu’un qui cherche un sujet de conversation.
— Quel est votre alibi ?
Il y eut un nouveau sourire, plus neutre encore, et Cageot récita sans broncher :
— Je me suis couché à neuf heures du soir. J’avais un peu de grippe. La concierge, qui me sert de femme de ménage, m’a monté un grog et me l’a servi au lit.
Ils ne faisaient attention ni l’un ni l’autre au vacarme qui les enveloppait comme un mur. Ils y étaient habitués. Maigret fumait sa pipe, l’autre un cigare.
— Toujours à l’eau de Pougues ? questionna l’ancien commissaire comme son interlocuteur lui versait du champagne.
— Toujours.
Ils étaient face à face comme des augures, graves, un peu renfrognés, et une petite femme, qui ne savait pas, essayait, d’une table voisine, de leur lancer des balles de coton sur le nez.
— Vous avez eu tôt fait d’obtenir la réouverture ! remarqua Maigret entre deux bouffées de fumée.
— Je suis toujours assez bien dans la « maison ».
— Vous savez qu’il y a un gamin qui s’est bêtement compromis dans l’affaire ?
— J’ai lu quelque chose comme ça dans les journaux. Un petit policier qui était caché dans les lavabos et qui, pris de frousse, a tué Pepito.
Le jazz enchaînait. Un Anglais, d’autant plus raide qu’il était ivre, passa près de Maigret en murmurant :
— Pardon.
— Je vous en prie.
Et Fernande, du bar, le regardait avec des yeux inquiets. Maigret lui sourit.
— Les jeunes policiers sont imprudents, soupira Cageot.
— C’est ce que j’ai dit à mon neveu.
— Votre neveu s’intéresse à ces questions ?
— C’est justement le gamin qui était caché dans les lavabos.
Cageot ne pouvait pas pâlir, car il avait toujours le teint crayeux. Mais il s’empressa de boire une gorgée d’eau minérale, puis de s’essuyer la bouche.
— Tant pis, n’est-ce pas ?
— C’est bien ce que je lui ai dit.
Fernande, du menton, montra l’horloge qui marquait une heure et demie. Maigret lui fit signe qu’il arrivait.
— À votre santé, dit Cageot.
— À la vôtre.
— C’est gentil, chez vous, à la campagne ? Car on m’a dit que vous étiez à la campagne.
— C’est gentil, oui.
— À Paris, l’hiver est malsain.
— J’ai pensé la même chose en apprenant la mort de Pepito.
— Laissez ça, je vous prie, protesta Cageot, comme son compagnon ouvrait son portefeuille.
Maigret n’en mit pas moins cinquante francs sur la table, et, debout, laissa tomber :
— À bientôt !
Il ne fit que passer devant le bar, souffla à Fernande :
— Viens.
— Tu as payé ?
Dans la rue, elle hésitait à lui prendre le bras. Il avait comme toujours les mains dans les poches et il marchait à grands pas lents.
— Tu connais Cageot ? questionna-t-elle enfin, après avoir buté sur le tu.
— Il est de mon pays.
— Tu sais ! Faut te méfier. C’est un type pas régulier. Je te dis ça parce que tu as l’air d’un brave homme.
— Tu as couché avec lui ?
Alors Fernande, qui faisait deux pas pour un pas de l’homme, de répliquer aussi simplement :
— Il ne couche pas !
M me Maigret dormait, à Meung, dans la maison qui sentait le bois brûlé et le lait de chèvre. Philippe avait fini par s’endormir aussi, dans sa chambre d’hôtel de la rue des Dames, près de la table de nuit où il avait posé ses lunettes.
III
Maigret s’était assis au bord du lit, tandis que Fernande, les jambes croisées, poussait un soupir d’aise en retirant ses chaussures. Avec le même naturel, elle releva sa robe de soie verte pour détacher les jarretelles qui retenaient ses bas.
— Tu ne te déshabilles pas ?
Maigret fit non de la tête et elle n’y prit pas garde, car elle passait sa robe par-dessus sa tête.
L’appartement de Fernande était un petit appartement de la rue Blanche. L’escalier, garni d’un tapis rouge, sentait l’encaustique. Quand Maigret l’avait gravi, des bouteilles à lait vides attendaient devant toutes les portes. Ils avaient traversé ensuite un salon encombré de bibelots, et maintenant Maigret entrevoyait une cuisine très propre où tous les objets étaient rangés avec un soin méticuleux.
— À quoi penses-tu ? demanda Fernande qui, en enlevant ses bas, découvrait des jambes longues et blanches, puis regardait ses doigts de pied avec intérêt.
— À rien. Je peux fumer ?
— Il y a des cigarettes sur la table.
Maigret, la pipe aux dents, marchait de long en large, s’arrêtait devant le portrait agrandi d’une femme de cinquante ans, puis devant un pot de cuivre qui contenait une plante verte. Le plancher était ciré, et l’on remarquait près de la porte deux morceaux de feutre en forme de semelle dont Fernande devait se servir pour circuler sans salir.
— Tu es du Nord ? dit-il sans la regarder.
— À quoi vois-tu ça ?
Il se campa enfin devant elle. Elle avait les cheveux d’un blond indécis, tirant sur le roux, un visage irrégulier, à la bouche longue, au nez pointu marqué de taches de son.
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